DE L'ANCIEN RÉGIME
et arrïëre-fierst Avec un pareil système, l'abondance et la pénurie se trouvaient souvent côte à côte, à leur grand dommage mutuel; Téquilibre parvenant rarement à s'établir entre les provinces fertiles et les contrées moins heureuses. Ajoutez à celte mauvaise répartition les conditions fâcheuses dans lesquelles se trouvait placé le sol par Torganisation de la propriété foncière; pour que la terre donne en abondance, il faut que le cullivaleur Taimeavec frénésie; le secret du plus-rendement de nos campagnes est dans cet amour Jaloux du paysan pour la terre, amour que M. Miclielet a si bien peint; mais pour aimer la terre de celte passion, il faut la posséder, et le sol était alors pour les trois quarts entre les mains de la noblesse ou du clergé. Comment allier les soins absorbants de la culture avec les occupations de la guerre, de la chasse, ou la servitude de la cour? La noblesse n'avait aucune idée des travaux qui changent la face d'un pays, améliorent les terrains ordinaires, fécondent les terrains incultes; elle vivait en épuisant la terre, lui demandant tout et ne lui donnant rien. L'ombre du couvent n'éîait guère moins nuisible aux champs voisins que l'ombre du château. Ils étaient loin ces temps où les moines, de leurs mains infatigables, défrichaient les bois et les landes, desséchaient les marais; leur unique supé* riorité sur la noblesse, au dix-septième siècle, consistait à administrer avec plus de sagesse leurs immenses domaines; mais, si le religieux conservait mieux ses biens fonciers, pas plus que le seigneur il ne savait en augmenter le rendement. L'aumône à la porte du cloitre, il est vrai, restituait une partie de ces richesses au pauvre dénué de toute ressource; maiscetle habitude même de l'aumône nuisait au travail, en créant dans les campa-
5f) ORGANISATION
gncs un peuple de mendiants qui t vivaient de Taumône comme des revenus d'une prébende. » De là, pour l'agriculture, cette torpeur, cette immobilité inféconde que des chiffres vont faire comprendre dans leur triste réalité.
Nous avons trouvé, dans une des estimables Revues de province {Rev. archéoL de Sens, VI, loO à 191), qui ne sont pas assez consultées, un travail curieux et important : c'est le revenu comparé de dix ans en dix ans de la propriété foncière depuis le seizième siècle. Pour résoudre ce problème, il fallait trouver des biens qui n'eussent pas subi les partages, les aliénations, les mutations ordinaires de la propriété. M. Lallier, président du iribunai civil de Sens, a étudié les baux authentiques des biens immeubles que possédait THôtel-Dieu de sa ville, et en a suivi les fluctuations sur six domaines différents.
10 Métairie de Villeroy à 8 kilomètres de Sens;
39 Le pré Saint-Sauveur, de 3 hect. 33 au f de Paris, près de Sens; 30 Un labourage de 8 hect. 80 à Gron ;
40 Autre labourage de 8 Iicct. sur les deux Malay; 50 Un troisième de 17 liect. 72 à Sergines;
6° Un quatrième de 17 hect. à Fontaine-Fourche (Seine-et-Marne). '
Voici les conclusions que lui a fournies cette étude, faite avec le plus grand soin, des revenus de ces six propriétés, en tenant compte, autant que possible, de la valeur relative des monnaies aux différentes époques :
« Le seizi{;me siècle fut une période de prospérité croissante et de progrès agricole très-marqué; le dix-septième, une période d'inertie au sein de la décadence; à la fin du dix-huitième siècle et au dix-neuvième on sent une lente résurrection qui, insensiblement, nous a ramenés UD peu au-dessus de ce que nous étions dans la première moitié da 2ième siëclel »(Vuirl'A;jpendice du cha^ itre 111, p. 54G.)