Î LES BÊTES FAUVES
la sueur de leur front, soignaient cette terre àcnt'cl*aiiti"e8 hommes semblaient s'acharnera tarir les bienfaits. Quelle protection leur était accordée pour ces moissons si chèrement et fei laborieusement obtenues? Aucune. Le gibier féodal, les vagabonds et les gens de guerre venaient trop souvent enlever la dernière espérance du laboureur, lui ravir le fruit du rude travail de toute une année. On sait, à cette époque, quelles immenses forêts couvraient le territoire de notre France; les campagnes dans le voisinage de ces forêts étaient ravagées par des bandes de bêtes fauves. L'article 137 de Tordonnance d'Orléans défendait au paysan de tuer ces bêtes, même lorsqu'elles eoiraient sur son bien; il n'avait que la permission de les écarter avec dez pierres, sans les blesser. Dans les cahiers des Étals-généraux en 1789, nombre de localités se plaignaient encore que « les bêles fussent préférées aux hommes; > les garennes seigneuriales avaient les mômes droits d'impunité et exerçaient les'mômes ravages.
Ce qui échappait aux bêtes devenait, par suite de toute absence de police rurale, la proie des vagabonds et des mendiants qui parcouraient en troupes nos provinces et se recrutaient constamment dans les rangs des soldats que la paix licenciait ; des cadels, privés par la loi d'aîinesse de toute part dans l'héritage paternel; des ouvricrs,auxquel3laréglementalion desjurandes et des maîtrises refusait une place au métier ou à l'enclume; des serfs qui abanJonnaientles terres des seigneurs; des paysans, ruinés par les impôts; des malfaiteurs, que la peine si Tréqucntedu bannissement condamnait forcément à une vie errante; des contrebandiers, habitués chaque jour à tiansgresser la loi. Restent enlin les pillages des gens de r