S2 LUTTE POUR LES PRIVILÈGES
(le Riiljclieu, qu»? se dirigent tous les coups; el il n'y aur.iit riL-n île plus >imp!e el de plus facHe à saisir que la Fronde, si les in!L-rèî> «livers et multipliés de toute celte noblesse dont les b:iliaiites individualités ne pouvaient et ne savaient f-nnier un corps; si les velléités ambitieuses dc'S compagnies souveraines mêlées à quelques désirs de réformes sincères et ju^les:si les aspirations vagues, mal formulées, des class.'s b'vjrgeoises, si les passions de ces nominvuxarîeur:, et surtout les habiles et intéressés Mémoires n'étaient venus brouiilerTaspect général de cette étrange guerre civile et donner le change à la l'oslérité sur le but et liinporlance de la dernière écli-JuiTourée féodile. La laite, qu'on ne s*v trompe pas, est L-ntre le pouvoir absolu et les privilèges de toute espèce; quant à la liberté, il n'en est question que par accident, par ricociiet. t Le seul cardinal, a dit un juge éclairé, conlldent de presque tous les partis, la princesse Palatine, le seul cardinal savait ce (lu'il voulait : de rautorjté et de Targent; les autres désiraient en général l'expulser, mais ils se proposaient encore plus de l'embarrasser pour en obtenir queliiuc avantage. Plusieurs s'agitent sans objet, par un bcooin de mouvement et parce que rintriguc était de bon air. Quelques grains de vengeance, toujours mêlés à beaucoup d'intérêts particuliers, furent la première cause du mouvement généi-al; tel qui déclamait contre le cardinal Mazarin eût fait des vers à sa louiîigc pour mille écus de pension, un autre pour un gouvernement, el ainsi de suite jusqu'au premier et .au plus acharné des frondeurs. » Dans une pareille lutte, on le coini)rend, l'iiistorien ne peut prendre parti dans Pun ou l'autre camp; il n'a qu'un senliineiil de pilié pour les nauvres viLtimes écrasées dans cette guerre d'intérêts.
ADMINISTRATION D'ÈMERY. «3
Une des traditions les plus enracinées de la noblesse était de profiter des minorités pour réagir contre les f;iils accomplis, t Leroi est mineur, soyons majeurs, » seuil'lait, comme en 1614, le mot d'ordre de chacune de ces crise:!, fréquentes dans les monarchies héréditaires; la régiiice d'Anne offrait une nouvelle occasion. Mais, abaissa* par Richelieu, la noblesse n'était plus même ce qu'elle avait êiè sons la régence de Marie de Médecis : rélabiisseiui'nt des intendants avait déjà porté ses fruits ; aussi son mécontentement avorla-t-il dans la disgrâce des Impor- ^nts, sans pouvoir môme arriver à on nouveau traité de Sainte -Meneliould. Les fautes du gouvernement allaient rendre à la noblesse ses avantages et lui duiiUi-T d'utiles alliés.
A un pays, ravagé par de longues et cruelles guern.'?, sahs cesse agité par des dissensions intestines, aj^pauvri par des lois défectueuses, ruiné par une adniinislralion rapace et dépensière, il fallait une paix solide qui {t^nnit d'extirper toutes ces causes de souffrancts; on crut un instant que les victoires de Condé allaient l'emi ortor de haute lutte, et le calme semblait reriaitre, lorsque l'orage qui depuis plusieurs années menaçait, éclata tout d'un coup sur la régente et son ministre. Les linances, cet écueîl contre lequel se heurtent si souvent et parfois se brisent les gouvernements, compromirent la po>ition de Mazarin, qui paraissait assurée en ce moment par les brillants succès militaires de son général.
Omer Talon, dans ses Mémoires, nous a laissé un tableau le l'administration d'Emery, qui t méprisant toute sorte d'ordre dans les finances, payait quinze pour cent dans les meilleures conditions aux financiers... Dans pjîis, le luxe était fondé sur ces gros intérêts-, le?» m'AwXvawVk
84 ÈDIT DU TOISÉ.
avaient abandonné le trafic pour mettre leur argent dans ces négociations... l'Etat ne subsistait plus que des retninchements qui se faisaient sur les fonctionnaires de tout grade et de toute nature... les gens de guerre n'étaient point payés; les gardes françaises et suisses étaient en arrière de douze montres (paye mensuelle), les Suisses prêts à quitter.. L'armée de Flandre, faute de cent mille livres, perdit Toccasion d'entreprendre quelque chose Ûe grand après la bataille de Lens; celle de Turenne en Allemagne se dispersait; le siège de Crémone fut levé par la môme considération. » A bout de retranchements, d'Emery avait trouvé un vieil édit fait au lendemain de la prise de Sainl-Quenlin (1557), et lorsqu'on pouvait craindre le siège de Paris ; on y faisait,^éfense de prolonger les faubourgs au delà de certaines limites sous peine de démolition et d'amende. Cet édit, promulgué en prévision d'un état de choses qui ne. s'était jamais réalisé, avait bientôt été oublié, et peu à peu les bourgeois avaient choisi cette banlieue pour leurs maisons de campagne, et les pauvres;gens étaient venus s'y bâtir eux-mêmes des huttes en boue. Tout à coup parut l'édil du Toisé : ordre à tous de raclieter leurs constructions, à prix d'argent, s'ils ne veulent les voir démolies. Le Parlement, supplié par ces bourgeois et ces pauvres qui demandent à genoux qu'on ne les jette pas à la rue, intervient; de là conilit entre le Conseil du roi et le Parlement. Messieurs des Enquêtes, plus jeunes et, par conséquent, plus ardents dans la défense du droit, moins capables de compromis, tiennent ferme même devant Anne d'Autriche, qui interrompit doux fois leur président Gayant par un impérieux t Taisez-vous, je ne veux pas vous entendre, t r l'envoya en exil avec deux autres membres de