‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 47 sur 316 · AGE D'OR DES COURTISANS · texte numérisé non relu

AGE D'OR DES COURTISANS

{)i(Misc t^;moi(,mnit à son guide, les cadeaux singulier» qu'clU; lui fais lit. On se figure facilement l'ûnvie et la malignité des courtisans, cette c belle matière à méditation, » connue dit un contemporain, lorsque se répandit dans les antichambres du Louvre cette nouvelle accusatrice : € La reine adonné un lit au cardinal *. •

Tour excus(;r, justilier, faire accepter le choix de son favori, hi reine fut obligée d'acheter la noblesse, tellement oJMTée, qu'on avait dû, sous Louis XIII, créer dans^ son intérêt un bureau de mont-de-piélô à son usage spécial; de lui livrer la France en proie. Ce fut l'âge d'or d(îs courtisans; Anne d'Autriche ne songea qu'à fêler son joyeux avènement, semant autour d'elle argent et faveurs, donnant tout à tous, ne refusant rien à personne : h; duc d'Orléans et le prince de Condé arrachèrent des trésors, l'un pour payer ses dettes, l'autre pour i-cniplir ses coffres-furis ; le moindre courtisan demandait, exigeait et sortait satisfait. Avec ces munificences, le trésor, déjà endetté à la mort de Louis XIII, n'eut bientôt rien à donner : on accorda des privilèges, de* monopoles à exploiter ou à vendre; chacun imaginait les taxes les plus incroyables, les plus bizarres pour s'en faire attribuer le profit : une dame de la cour obtint de la régente un droit d'impôt sur toutes les messes qui se célébraient à Paris. Il y avait des conseillers bénévoles sous le nom de donneurs d'avis; quand leur idée était adoptée,

1. Voir ms. do Gandîn. Arch. des affaires étrang^ères, coll. FraDce, cilû par M. «rnansisoiiville, Histoire de la réunion de la Lorraine^ t. Il; les Lettre.^ de Mnzavin à la reine, publiées par M. Ravenel pour la Société d'histoire de Frinc3, et les Carnets de Muznrin, qu0 M. (>ousin a commentés daus le Journal des savants, soat venus conlff* ^),>,. »/x..^ nfus propos malins, et ne laissent aucun doute sur la nature dft 1' K eiibluit entre Anue d'Autriche et son ministre.

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IGNORANCE Eî^ ADMINISTRATION. 79

ils étaienl intéressés dans les revenus du nouvel impôt; aussi cet!e classe d mdividus fourmillait elle à la cour, dans la ville *. Comme le rapporte de Retz dans ses Mémoires, € on ne refusait rien, » et La FeuiUade disait qu'il n'y avait plus que quatre mots dans la langue française : c La reine est si bonnet » Un des traits qui peint le mieux le désordre de cette époque nous a été conserve par Madame, mère du régent : t Au commencement, ditelle dans une lettre (6 août 1718), la reine ne savait rien de rien; elle donna un jour à sa première femme de chambre, la Beauvais, les cinq grosses fermes, dont le produit fait vivre toute la cour. Lorsqu'elle vint au conseil et proposa la chose, tout le monde se mit à rire, et on demanda à la reine avec quoi elle comptait vivre; lorsqu'on lui eut expliqué le fait, elle fut tout étonnée; elle croyait n'avoir donné qu'une ferme qui s'appelait les Cinq fermes. Cette anecdote est très-vraie, le vieux chancelier Letellier, qui assistait à la séance du conseil où la reine fit cette proposition, me l'a racontée; elle-même en a souvent ri depuis et reconnu son ignorance. On a sur la régence d'Anne, ajoute Madame, bien d'autres historiettes de ce genre. »

Cette bonté ne pouvait continuer que par la ruine de tous : villes et campagnes, nous l'avons vu dans un chapitre précédent, répondaient en gémissant aux rires et à la joie de la cour. Mazarin, à bout de ressources, dut commencer à refuser; dés lors sa perte, un instant ajournée, fut jurée par tous.

A la fin de Tépitaphe qui accompagne l'oraison funèbre prononcée par monseigneur Nicolas Grillie, évêque et

1 . Le donneur d'avis aux partisans, sortant du Cabinet de* id^fi»^ 1C49.

«• LE MINISTËRIAT.

comted'Uzôs, pourle service solennel célébré en Thonneur (lo Louis Xllf, par ordre du clergé de France, dans l'église des Auguslins de Paris, on lit cette phrase signiQcatiTe : « Soixante-trois rois Font devancé dans son empire, mais lui seul l'a rendu absolu, et ce que tous ensemble n'ont su faire en douze siècles pour la grandeur de la France, il Ta exécuté en trente-trois ans pour la gloire des Français •• 1

C'est contre ce pouvoir absolu, incarné dans Richelieu, qui c dos marches du ti*ône foudroyait les humains plus qu'il ne les gouvernait » et plus tard dans Mazarin, que la Fronde veut réagir ; elle n'est qu'une coalition contre lo ministériat . comme disent quelques Mémoires de l'époque*. Malheureusement celte résistance au pouvoir absolu n'est qu'un prétexte, qui couvre une lutte d'intérêts, d'intrigues, de complets.

La noblesse qui, depuis la mort de Biron, avait vu si souvent les prisons se fermer sur ses membres, et plus d'une télé tomber sous la hache du bourreau, voulait demander compte de toutes ces incarcérations, de tout ce sang répandu; le peuple écrasé par les taxes, oubliant de longs siècles d'oppression féodale, était disposé à faire cause commune avec ses tyrans de la veille, alors victimes comme lui de la centralisation, cette grande machine, qui s'organisait partout; le Parlement, furieux de la

1. Bibl. Sainte-Geneviève. X, 530. Rfcueil d'Oraisons funèbres*

2. Entre autres le Journal des guen es civiles de la Fronde. (Ma. inédit. Ribl. Maz.^ in-f^^ n» 17G5.) Ce journal est d'autant plus important que Tauteur, Dubuisson-Aubenay, était gentilhomme du secrétaire d'État Duplessis-Guénegaud, et par conséquent parfaitement renseigné; noat lui ferons de fréquents emprunts : c*est un des meilleurs guides pour rétude de la Fronde. Il serait à souhaiter que la Société d'histoire d« ^ entreprit la publication de ces intéressante mémoires.

Vn\lE CAUSE DE LA FRONDE. H

j^rte de ses priviltjges anènniis ou méconnus, seinblail Bpiiaer un caractère de légnlilë à la résistance. H Un passage d'une remoiilrance de celle cour souveraine (21 janvier 1G49) met parfaitement en lumière celte vériLablo cause de la Fronde:

■ L'éIi5Tation d'un parlJculîcr en trop liaula puissance est contraire aux règlea de la bonne police ea toute soile de gouvernement et spédilement aux nionarohiea qal ont pour loi fondamcniate qu'il n'y a Vp'un maître tD titre et en Toni^iian, de sorie qu'il est toulaors lion~ ' tcui nu prince «t dommageable h ses sujets qu'un particulier prenne liop de part en son alTeciion et en son auiorilij ; i:elle-là doit âtre comiDDnIqiiËe à tous, l'auti'o n'appartient qu'à lui seul. D'ailleurs votre Parlcmrnt avait sujet de croiio qno la propre expérience de In reino iDlre m&ro lui Gérait une garde fiiiolo pour la garantir de cet accident, Bjrant vti, pendant son mariage, en deuï nolsliles aïemplœdu maréclial d'Ancre et du cardinal de Iticlielieu, combien r^lévation d'un sujet en trop de faveur et d'autorité avait été difforme, jusqu'à quel point elle avait été rodouiable au roi et intolérable à ses peuples... i'.lla avait fn BOas le gauvernement de ces puissances lea compagnies les plus ciîlèbres avilii's, les personnes de toutes conditions opprimées, sans respecter les royales, non pas mCme la sienne et colla de la feue reine ■»olre aienle; bref, il n'y a rion eu de si sacré qu'elle n'ait vu profnner par leur insolence et ambition, il n'y a rien de si cber à l'État qu'elle o'aic TU sacrifier à leurs intérêts.. ■ Toutes ces considÉralions nous ttsieiii des gages assurés que, pendant celle rfigeuco, nous ne pourijoits tomber en de semblables malheurs,.. Maiâ il est arrivé que Malarîn. élevé par le cardinal de Hiclielieu, nourri dans sss maximes unlûtieuses et faimé par ses artiHces, succédant i, son ministiire, a :cédâ de mSme à ses desseins *. d

Au début, on le voil, ce n'est pas conti-e l'étranger, lais contre le ministre, élève et continuateur des desseins

jll. Arcli. imp., ms.U, 333. Ane. regiat. du Parlement. Voir aussi Cftoi'x m maiarinaùt!, par M. Moreauj des ooiubteusea pièces qui licuiient la

Ime lingflgo et parti eu lié re ment Requête des trois Èlats /.riisen'rie A Uiieurs du Parlement, 16t8, t. 1, p. !8, 3G, et Raisaiis d'État conlre W Hiiniilirv^ elc,, ÏAaalhèaie et i'ecccoiiimunication d'un mimutra ^£lel. Ole, lire de i'Ècrilwe sainte, p . G5, CB ; lettre d'avis à MU. du

^Itnieal, tctitepar un provîntial (4 uiai'i IC^O], etc.

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