‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 58 sur 316 · DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

DU PARLEMENT

pas à déclarcr^qac les Parlements tcnnient un rang audessus des États généraux, t étanl juges par la vérincafion de ce qui y était arrêté, et médiateurs entre le peniiîîî et le roi. » Mais au milieu de ses plus hardis projets d'émancipation, de ses rôves les plus ambitieux, le ParK*ment ne pouvait, ne savait oublier que c'était â la royauté qu'il devait son origine; de là cette obéissance p.is>ive dès que le monarque voulait bien prendre la puino de se rendre en personne au Palais, pour y tenir ces séances dictatoriales, connues dans Tancien régime sous le nom de lits de justice.

Toujours à la hauteur de leurs devoirs comme magistrats, les parlementaires étaient bien éloignés d'être des hommes politiques ou des administrateui-s. t L'horiîon de lagrand'chambre était encore plus rétréci que celui du Louvre. » Ils ne savaient que substituer l'espril de corps au véritable esprit national. Leurs privilèges, qui faisaient de ces magistrats l'aristocratie du tiers étal, les rendaient inhabiles à traiter et h soutenir des questions théoriques touchant à des intérêts généraux; leur esprit formaliste, nourri par ces longues études de droit, n'osait sortir des us et coutumes pour s'aventurer dans des discussions doctrinales, qui seules pouvaient faire éclorc la moderne charte de TalTranchissement. Situation illogique et fatale, d*où résultaient, par un singulier contraste et une inconséquence non moins fâcheuse qu'inévitable, à la fois de vagues aspirations à l'indépendance et' une insolente soumission. La victoire du Parlement était donc difficile, et cet essai de révolte légale allait, après des douleurs et des misères infinies, consacrer, et pour un trop grand nombre d'esprits timides, justifier l'absolutisme, dissimulé par une grandeur trompeu&û ^^wtosîX

iOO LA FRONDE BOURGEOISB

h'H lirilli'intrs années de Louis XIV, mais qui devait ai^ l'.'illre avec Louis XV dans loutesu réalité.

Le pru|)le, ne pouvant soupçonner l'impaissance radirale de ees cours souveraines, ne voyait dans leur sour mission aux tri^s crprès commandements du roi qu'une olirissaiice contrainte par la violence, et dans la victoire royale (lu'un ini(|ue abus d'aulorité; il appelait de ses \iv\\\ une orpnisation meilleure, qui donnât à ceox qu'il regardait (M)nnne ses défenseurs un pouvoir presque illi« nnu^ pour faire le hicn, et surtout pour arrêter le mal, dont il soulTrait depuis si longtemps et chaque jour davautîtK^). Aus*%i pour soutenir le Parlement était-il prêti Muhir les plus cruelles extrémités. D'ailleurs, malgré rinnorance générale dans laquelle vivait le pays des ^vriu^nuMits extérieurs et des accidents de la vie des autres nations, la révolte heurouse du Portugal, l'insurrection de la (latalogne, celles de Naples et de Sicile étaient trop voisines de la Trance, pour que quelques échos des cris de lilierlé ne fussi^ntpas arrivés à ses oreilles. L'exemple de l'Angleterre surtout agitait tous les esprits, remuait toutes les imaginations : là, un Parlement, défenseur des (Iroils publics, avait lulté contre son maître et l'avait vaincu; l'exil avait rejelé sur la terre de France la fille de Henri IV, exemple vivant de la fragilité des couronnes et de la force des peui)les.

La Fronde, à l'origine, est donc toute bourgeoise et parlementaire, c'est-à-dire plus défensive qu'agrès» sive; rien ne ressemble moins encore à la lutte que les ordres du Parlement : t Le prévôt des marchand» pourvoira aux approvisionnements des halles et fera rer tirer à vingt lieues à la ronde de la capitale les troupes cantonnées dans les villes et villages avoisinants, etqai

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ET PARLBMENTAmE. ifl

déjà commencent lears ravages. > Les Polonais, oa Polaques, dit la Harangue à la reine par MM. les curés, se signalent suilout par leurs cruautés dans les villages de Meudon, de Sèvres, etc., c pillant les églises, violant des filles de neuf et di\ ans, brûlant, ai)attant les maisons, tuant, blessant hommes et femmes, volant, emportant ce gui leur semblait bon, et gâtant ce qu'ils ne pouvaient emporter. »

Plus la lutté s'engageait, plus les scrupules du vieux royalisme parlementaire se réveillaient; le Parlement commençait à s'effrayer de son audace : c II doit, disait le président de Mesmcs, donner des ordres gém^raux,

mais ne rien faire qui ressemble au conseil des Seize

Puisque nous ordonnons une levée de troupes, il faut, par les remontrances, dire que c'est contre le ministre et non contre le roi, car il ne faut pas tomber dans la rébellion. > Et le premier président de faire voter ausâitùt cette conclusion.

L'hôtel de ville n'était pas moins hésitant : il envoya aussi à la cour une députation dont les instances furent si touchantes qu'elle fît pleurer tout le monde, même le jeune roi, M. le prince de Condé et la reine seuls resté* rents implacables : c Que le Parlement sorte par une porte, disait-elle, et nous rentrerons aussitôt par Fautre. • En même temps, dans le dessein d'affamer Paris, un arrêt du conseil royal défendait aux marchands de Poissy de vendre leur bétail pour l'approvisionnement de la ville.

Toute conciliation avec Anne d'Autriche devenant impossible, il fallait songer à la sûreté publique : on s'empare de la Bastille (13 janvier) ; le commandement en est confîé à Broussel et à son ûls Louviéres'; l'arsenal est de même livré à an conseiller au préjudice du c^jiate d^

Fiesque, qui le demandait. L \ milice bourgeoise avait pour chef immédiat le prévôt des marchands, et pour colonels les plus fameux des parlementaires; une gravure allégoriijue célèbre celte victoire sur la noblesse militaire par ces mots si connus : Cédant arma togœ. Des désastres publics venaient encore ajouter à la gravilô de la situation. La Seine, pns ou mal protégée par des parapets, venait de déborder et causait de grands désastres *, tce qui ne nous incommode pas moins, dit le clironiqnenr Uenaudot dans sa Gazette, que les troupes qui sontlogéei au\ environs d'ici. »M lis le bon ordre règne dans Paris, les vivres abondent et sont à bon marché, grâce aux soins de la municipalité et à l'arrivée des paysans, qui fuient devant les troupes ro\ales.

Bientôt cependant le Parlement et l'hôtel de ville allaient se trouver dépassés; les nobles mécontents accouraient en foule dans la ville et demandaient à se joindre an mouvement. Dés le 16 janvier, de Retz, de Beaufort prenaient place dans le Parlement; les ducs d'Elbeuf, de Longueville, de Bouillon, les princes de Conti et deMa^ sillac venaient lui oiïrir leur épée; fantassins et cavaliers prêtaient serment et recevaient un drapeau où se lisait cette devise : Regem nostnim qiiœrimiis. Des impôts, votés par le Parlement, avaient été fournis avec empressement pour faire face à toutes ces dépenses.

Le 21, un arrêt du Parlement déclarait Mazarin perturbateur du repos public, ennemi du roi et de l'État, lui enjoignait de sortir avant huit jours du royaume; après

1. Voir Inondations en France, par Champion, ouvrage couronné nar l'Institut. — Les détails navrants de cotte inondation sotit betucoap "^ pour que nous puissions les rapporter ici, bien que ce fléan aux misères de la Fronde.

DEVIENT ARISTOCRATIQUE. f03

ce délai, tous les Français ne ponrrait'nl lai donner asile et devaient lui courir sus. C'était une véritable déclaration de guerre au roi; il est vrai que pour pallier cet acte de vigueur, messieurs du Parlement priaient le roi de c recevoir cette résolution non comme un acte de rébellion, mais comme un effet de leur devoir, ne pouvant sans crime omettre de se défendre et encourir le reproche d'avoir laissé périr leur roi p:ir un faux zèle p'.t.'in d'i^^norance, sous prétexte que leur oppression était revêtue du nom et de Tautorité de Sa Majesté. •

Aucun récit ne donne une imnge plus vive de l'état de Paris à ce moment que les Mémoires de Alolé :

m Après ce jour fatal du départ de la coar, toat ordre poblic fut ren- Tcrsé! L'exercice de la justice cessa' ; chaque jour les chambres étaîc:jt assemblées, matin et apriis-dlner, fêtes et dimanches. Le prétexte était 81 plausible et le mouvement si rapide, qu*il était nécessaire de s'j/ laisser entraîner (lui. Mole, dire cela! Cet aveu peint la siiuatio!):. Chacun ne pensait qu'à conserver sa vie. Le travail cessa parmi tous les artisans, le trafic et le commerce parmi les marchands. Les d'}sordres de l'armée dans les environs étaient tels qu'ils faisaient horreur. Tout le monde se plaignait en public, chacun proposait ce qui lui venait à l'esprit. On ne laissait sortir ni hommes, ni bagages par les portes. Les bourgeois étaient armés dans les quartiers. Le mouvement était si général t^ue l'on ne voyait aucun espoir de salut. »

La présence de Condé, ce ruJe soldat, inqui('faîl singulièrement la révolution; car pci sonne, ni à Tiiôtel de ville, ni au Parlement, ne se sentait en état de lui résister. Il fallait nécessairement s'allier à la U' blesse : c*est ce que fit promptement comprendre de Retz, ce caJ<:t de grande maison, dont les habitudes ne pouvaient longtemps s'accorder avec ces magistrats austères et ces bour^

1. « Le Parlement, dit Dubaisson, ne recommença le cours de la justicfr pour'les particuliers que le 12 avril, c'est-à-dire apiès uue iuteiruplioo de plus de trois mois. »

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