‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 67 sur 316 · DE LA FRONDE A PARIS · texte numérisé non relu

DE LA FRONDE A PARIS

à la guerre de Paris y ou le Capitaine Picard composant à lui seul sa compagnie^ et s'elTorçant d'être martial sous son large feutre insolemment posé, avec ses grands yeux écarquillés et sa stature d'eslafier; ou bien Beaufort couvert de plumes comme un coq, ou le bourgeois de Paris, monsieur On, grand flâneur, bavard infatigable, éternel gobe-mouches, à oreilles immenses et profondes, toujours occupé de nouvelles politiques, l'œil collé sur une longue-vue, cherchant à voir ce qui se passe au loin, même en satisfaisant les besoins les plus bas. Les pamphlets ne sont pas plus sérieux : Je bouffon, la forfanterie dominent. Un colonel de la milice de Paris, qui a pris pour épigraphe ces mots de la Ligue : t Un Dieu, une foi, un roi, une loi; • s'écrie : t Nous avons ordonné à tous nos soldats de porter des bottines, afin que le sang de ceux que nous tuerons (qui fera des ruisseaux) n'entre point dans nos souliers, i

Quelques pièces cependant, sous celte ironie, laissent déjà deviner les maux du pays: c 0 la douce guerre, ô

la bonne guerre pour la g et le filou! à la triste guerre

pour le bourgeois renfermé dans sa ville comme captif! ôla rude guerre pour le marchand rencontré dans la campagne! et derechef: 0 la cruelle guerre pour Jes bœufs. Taches et moulons, de plus de six lieues à la ronde! »

La guerre, en effet, avait éclaté. Condé, comprenant bientôt qu'il ne s'emparerait pas de Paris, résolu à le vaincre par la famine et la privation de son pain mollet de Gonesse, avait tenté le blocus : à cet effet, il s'était rendu maître de Lagny, de Corbeil, de Saint-Cloud, de Charenton; la prise de ce village fut la seule affaire sé^ rieuse de cette guerre de t pots de chambre et de cailloux,» comme l'appelait M. le prî^ce. Son armfee, Xvov ^^VVA^

i2S PAIX DE RUEIL

pour investir complètement la place, ne pouvait empêcher l'entrée des vivres que les paysans des environs apportaient en venant s'y réfugier; les prix se maintenaient modérés (deux sous la livre le pain blanc, un sou celui des pauvres, c'est-à-dire huitsous et quatre sous de notre monnaie). Cependant la lassitude gngna.U tout le monde; le commerce n'allait plus; des millions avaient été dévorés par les seigneurs et les nobles amazones. Condé, qd avait peu brillé dans cette guerre, nouvelle pour lui, inclinait à la paix; la cour, de son côté, s'effrayait do l'extension de la révolte, qui peu à peu gagnait partout. Les meilleurs généraux, Tuicnne entre autres, pcnchaienlou se déclaraient pour la Fronde; l'Espagne, heureuse de nos troubles, faisait des propositions magnifiques de secours aux révoltés ; elle oiïrait 18,030 hommes et déclarait reconnaître le Parlement pour arbitre de la paix. Heureusement la magistrature étaitfrançaise avant tout, ctl'averftion que, à son honneur, elle témoigna toujours contre l'étranger, fil échouer ce projet dangereux. Enfin, la mort de Ciiarles I" sur l'échafaud (9 février), en effrayant 11 cour et le Parlement, disposa tout le monde à un accommodement : le Parlement, reconnaissant que le peuple était trompé par la noblesse qui, sous prétexte de bien public, ne cherchait qu'à « pei'pdtuer le désordre pour bouleverser l'État, » chargea Mole d'ouvrir les conférences.

Une émeute où l'intrépide président courut les plus grands dangers le poussa encore à terminer celle lutte; aussi, moins d'un mois après le commencement dci pourparlers, et sans avoir réellement rien obtenu dans ces discussions confuses. Mole, outre-passant les pouvoir» qu'il avait reçus, signait, le 11 mars, le traité de RociU

ET DE SÂINT-GERMAIN. liS

Les intrigues et les exigences de la noblesse, qui ne comprenait qu'une paix comme celle de Sainte-Menehould, c'est-à-dire avec faveurs, dons d'argent et de gouvernements,roirentunobstacIeà la ratification^Aprésunc scène tumultueuse au Parlement, où Mole reprocka à la noblesse les traités conclus avec TEspagne et ses trahisons ordinaires contre lepays, le traité futdéfmitif le 1" avril 1649, sous le nom de paix de Saint-Germain. Outre l'amnistie pleine et entière pour tous les faits des mouvements, on promettait vaguement la diminulion des impôts; les assemblées du Parlement étaient reconnues ; le gouvernement s'engageait à ne pas emprunter au delà de 24 millions en deux ans et au denier douze (8 1/3 */o). Le député de Tarchiduc était renvoyé de Paris ; les généraux et leurs lieutenants n'obtenaient que des promesses d'argent, mais ni villes fortes, ni provinces ; les semestres des Parlements d'Aix et de Rouen étaient supprimés, les troupes parisiennes licenciées, en môme temps que les troupes royales rentraient en leurs garnisons.

Le peuple, on Ta peut-être remarqué, n'obtenait que bien peu de soulagement de ce traité; le Parlement de Normandie seul insista avec fermeté et arracha quelques misérables concessions. Trop pressé de faire la paix, et voyant Topiniâtreté du conseil à tout refuser, le Parlement de Paris s'en remit à la bonne volonté et à rinlérét de la cour sur ce sujet; le maréchal de la Mcilleraye, diplomate peu habile, laisse entrevoir la politique inîéresséo du ministère dans cette circonstance : « Les peuples ont

1. Voir ces demandes curieuses, et qui font connaître la Fronde aristocratique, dans les Mémoires de madame de Mottevilie, coll. Michaud, p. 2C7, et le Choix de masarinades de M. Moreau. — Le Coadjuteur seul avait eu la dignité de s*abstenir; on sait du reste qu'il conspirait autant par goût et par rancune que pour ses intérêts*

m PAIX DE SÀINT-GERMÂIN.

témoigné tant d'attachement aux compagnies souveraines, qu'il a été absolument résolu au conseil du roi de ne leur accorder aucun soulagement par leur entremise. Leurs Majestés ont grande bonté pour les peuples, elles sont plus intéressées à la conserva ion de leur état que qui que ce soit, et ne man<iueront pas de leur faire du bien quand elles le pourront. » C'était entrer dans une voie funeste aux dépens de la nation, puisque désormais, dans la lutte des deux pouvoirs, il suffira qu'une bonne mesure soit présentée par un des partis pour que Tautre la refuse impitoyablement.

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