LA FRONDE EN GUIENNB
dîllac, pendant qu'il fait avancer vers Libonrne des troupes qui 8C signalèrent bientôt par des excès tels que les populations c aimaient mieux abandonner leurs maisons et leurs propiièiès que de recevoir chez eux dei pillards pour qui rien n'éluit sacré. •
Le caractère irrésolu et timide ded'Épernonlefaisait reculer presque aussitôt qu'il avançait, quitte à revenir sur ses pas plus tard par des voies souterraines. Les troubles de Paris Tinquiètaient, Téloignement du ministre hors de la capitale lui semblait d'un mauvais a\igure pour sa propre autorité. Aussi, le 14 mars, lui écrivait-il : c il faut se résoudre à faire un accommodement avec Paris, pour puis après rétablir Taulorité par d'autres voies ou se résoudre à souffrir un soulèvement entier de la France; cet accommodement sera plus avantageux pour le service de S. M. et pour vos intérêts qu'une guerre civile ; • et cependant lui-m&me y marchait à grands pas, en ari-ôtant
un huissier du Parlement chargé de lui porter des remontrances. En effet, dans une assemblée considérable et tumultueuse h l'hôtel de ville, à la suite de cet acte de violence, l'union de la ville avec la Compagnie fut votée presque à l'unanimité, et pendant plus de cinq heures le greffier écrivit les noms des adhérents.
Une lettre inédite de M. Dubourg, conseiller dévoué de Mazarin, retrace parfaitement là situation de la ville :
« 6 avril. — J'ai trouvé un pouplo ému et lo bourgeois de cette ville en armcg, un conseil do guerre établi et des gens qui cherclient un chef pour les conimand(îr; j*ontendsd*abord publiiT un arrût du Parlement qui éloigne les gens de guerre, qui permet au son de la cloche de leur courre sus, qui allume le feu de la désoU^ïBsance et de la rébellion dans la province, qui anime les esprits mutins, qui conseille les révoltes et autorise les violences et les meurtre» desquels ils devraient Être eoxmûmes le» Ju&es et les vengeup». L'approcUo de» goas de ^«n^ ^aX>i^
m CARACTÈRE BOUFFON
8cul préteitê qu'ils prennent aujourd'hui ponr colorer par une espeee de défense leur entreprise... Je vois avec des larmes de sang que Tob continue toujours dans le même dessein, et qu'au milieu de la solennitâ des fêtes de Pâques où nous sommes, on ne la'sse de faire des assemblées du Parlement, de presser tous les préparatifs de guerre, de chercher des fonds pour le payement des soldats et rentretcnemeot d*ane armée. I^e Parlement a commencé à se taxer lui-même à la somme de 300 livres pour chaque officier, et va ensuite exhortant tous les autres corps à vouloir contribuer à tous les frais à proportion de leur puissance et de leurs facultés; ils font mine de toucher à l'argent du roi... Voilà %\i vrai, monseigneur, Tétat déplorable où nous sommes qui m'a£Qige tt me désespère Kj»
Paris, se sentant si bien soutenu, se livre à la joie: ee n'est pas une guerre civile, c'est un vrai carnaval; les armes sont le l)urin et la plume, qui ne lancent que caricatures, épigrammes ou pamphlets '. Une gravure des premiers jours (8 janvier) représente la Fronde sous ce titre : le Salut de la France dans les armes de Paris. C'est un vaisseau aux voiles fleurdelisées en pleine mer, rempli des principaux chefs de la Fronde; dans la mer, d'un côté, Mazarin, accompagné de ses monopoleur, s'efforçant de renverser la barque par des vents contraires à sa prospérité; de l'autre, le maréchal d'Ancre (reconnaissable à l'ancre qu'il tient pour harponner le vaisseau) s'efforce aussi de la faire sombrer, et fait signe à Mazarin de lui prêter main-forte pour accomplir son dessein. La cour y répondait par la figure piteuse de Jean-Robert, enrôlé
1. Ms., Arch. imp. KK, 1217 ; l'abbé O'Reilly, Histoire de Bordeaux.
2. Voir les Recueils de mazannades aux bibliothèque impériale, Sainte-Geneviève, de l'Arsenal, Mazarine, ceux des villes de Chartres et d'Amiens, la Biblioih^que historique du Père Lelong, et surtout, ce qui en donnera une idée aussi nette, sans fatigue, les trois volumes de la Bibliographie des maznrinndes, publiée par M. Moreau pour la Société d'histoire de France; un Choix de mazarinades, deux volumes du même a' "lour la même Société, et divers Courriers de la Fronde édités
* M. Moreau (bibl. Jaanet), etc., et le cabinet des estampes np.j collection Fontette*