‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 7 sur 316 · CALLOT REPRÉSENTE · texte numérisé non relu

CALLOT REPRÉSENTE

ritéî Callot, qui passe généralement pour un fantaisiste, est, à nos yeux, un grand réaliste: il avait buriné les malheurs de son temps bien avant qu'on songeât a les écrire, et encore aujourd'hui, si nous voulions illustrer le travail qui nous occupe, c'est à Callot que nous nous adresserions. Tous ses contemporains retrouvaient dans ces petites gravures les calamités qu'ils avaient eues sous les yeux, qui souvent môme les avaient frappés. Callot n'est pas seulement un graveur lorrain, comme l'a trop cru son habile biographe, M. Meaume, c'est un artiste sorti, pour ainsi dire, des entrailles de la société; que la société a reconnu, adopté, parce qu'il était -en pleine communion, identité de pensées avec elle: de là cette étonnante réputation que le temps et la comparaison avec d'autres talents supérieurs n'ont pu entamer. Callot est un de ces hommes qui s'élèvent au-dessus d'un provincialisme étroit pour appartenir à leur siècle, mieux encore, à l'humanité.

Les Bohémiens ne sont pas seulement l'histoire fantaisiste de ces vagabonds à la suite desquels le jeune Callot, obéissant à sa passion pour les arts, malgré la volonté de fion père, alla en Italie; c'est l'histoire, la vie de trente mille familles protestantes qu'en 1627 l'empereur Ferdinand chassait de l'Allemagne, après sa victoire de la Montagne-Blanche, et qui, jetées dans l'Europe entière, ont rendu pour tous leur nom synonyme de vie nomade., vagabonde, vie de hasard : les Bohémiens et la vie d(î Bohême.

La Lorraine conquise par les Français a mis ce spectacle sous les yeux de l'artiste; plus tard ce sera le tour des populations entières de la France pendant la Fronde. C'est le sort qui, à l'époque de Callot, attend peut-être

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