‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 8 sur 316 · LES BOHÉMIENS · texte numérisé non relu

LES BOHÉMIENS

lage organise parmi eux : étables, poulaillers, greniers, tout est saccagé ; tout leur est bon pour assouvir la cruelle faim qui les ronge; le maigre chat domestique fait nombre avec les poules, les moutons, les lapins. Le premier bois voisin permet de profiter de ces larcins : la halte est à la fois le repos et le repas. Devant ces feux flamboyants, comme femmes et enfanls se pressent pour préparer le festin I Les animaux sont dépouillés, les broches installées: sans souci du lendemain, chacun ne pense qu'à l'abondance du moment; aux figures sombres ont succédé des visages gais et joyeux. Il faut voir et revoir ces quatre pièces des Bohémiens^ dont les scènes si diverses, si nombreuses, écliappent à l'analyse. Une étude longue, souvent répétée, permet seule d'en saisir à la fois l'ensemble ^t les détails pitloresques : on sent alors que c'est la réalité que l'on voit; et si, à des siècles de distance, nous en sommes frappés, quelle devait être l'impression produite sur les contemporains qui, chaque jour, assistaient à des drames semblables I

Avec les Misères de la guerre^ Callot entre dans le cœur môme de son sujet. L'artiste d'abord exécuta son œuvre en six petites planches qu'on appelle les Petiteê misères de la guerre; mais un attrait invincible l'attirait vers ces tristes peintures qu'il voulait sans doute faire passer à la postérité comme une malédiction, il revint à son travail, le tripla en grandeur et en nombre : ces dernières gravures sont connues sous le nom de Grandes piisères de la guerre. Quoique le premier jet ait paru Tannée même de la prise de Nancy par les Français en 1633, rien n'indique dans l'exécution qu'il s'agisse plutôt des Lorrains que d'un peuple quelconque, et le patriotisme de l'artiste est cependant connu. On sait sa réponse

LES mSÉRES DE LA GUERRE. •

à Louis XIII qui lai demandait d'éterniser par son burin le souvenir de la prise de Nancy et de l'entrée des Français : c Je me couperais le pouce plutôt que de faire quelque chose de contraire à Thonneur de mon prince ou de ma patrie. > Aussi, M. Meaume s'est-il trompé en croyant que Callot a voulu décrire et pleurer surtout les misères de la pauvre Lorraine : c'est une image du temps que l'artiste avait en vue, ce sont les misères de la guerre sur toutes nos fronlières, misères que le récit des atrocités commises au siège de Magdebourg, la ruine de Saint-Nicolas, etc., avaient rendues célèbres dans toute l'Europe !

Nous allons décrire ces gravures si connues tt qui, dans anpeiit espace, représentent de si grands sujets; analyser c ces mille figures dont un seul trait suffit souvent & marquer les contours et qui cependant restent gravées dans l'esprit, i comme Ta si bien remarqué cet écrivain fantaisiste qu'on pourrait aussi appeler le Callot de la littérature, Hoffmann. Comment résumer ces tableaux si remplis de tout ce qui se peut imaginer pour exprimer un grand concours de gens occupés à des actions différentes? Que de variété dans les pensées, que de simplicité et en même temps de profondeur dans l'expression f c Chaque groupe, chaque figure contribue à former un ensemble où chaque objet se trouve si bien à sa place qu'on n'y aperçoit aucune confusion, i

Le second sujet (car le premier n'est qu'un frontispice) représente l'aspect d'un camp. On croirait voir ce que Schiller a si magistralement décrit au commencement de sa tragédie de Wallemtein : dans un coin, autour d'un sergent recruteur qui écrit sur un tambour, des soldats «'enrôlent et donnent leurs noms; au milieu^ \e.%\^^^s&

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