‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 71 sur 316 · PICARDIE · texte numérisé non relu

PICARDIE

2' de conlribaer à la sabsistance des soldats^ sans avoir égard aux exemptions et aux privilèges ecclésiastiques; 3"* la liberlé de moudre à toutes sortes de moulins, attendu Taffluence extraordinaire du peuple. Le cliapitre accorda la première et la troisième demande, mais refusa la seconde... Pour armer à la hâte les deux mille hommes d'infanlerie que lève Beauvais, un citoyen prête dix-hnit mille livres, afin d'acheter à Rouen mousquets, poudre, mèches et piques... Le roi ordonne de brûler tous les moulins à eau età vent depuis Clermont jusqu'à Beauvais, aûn d'affamer Tennemi... La fuite des villageois dans les villes amena un tel désordre que, pour restituer les mou* tons qui avaient été repris sur les ennemis, on fut réduite se contenter du témoignage de quelques bergers des envi* rons, quoique Ton vit bien qu'il n'y avait pas beaucoup de sûreté à s'en rapporter uniquement à leur parole, et cependant, malgré ces facilités extrêmes^ plus de cent moutons ne furent pas réclamés I t

Avançant toujours, l'ennemi assiège Corbie, qui serend bientôt : l'agitation dans toute la France, et même à Paris, est au comble; il semble que Jean de Werth, cet effroi de nos mères, campe déjà à Montmartre. C'est un sauve-quipeut général ; tout s'enfuit : chevaux, cochers et carrosses couvrent le3 routes vers Chartres et Orléans. Richelieu fut lui-même un instant ébranlé; mais bientôt il ranime tout de sa grande âme, entraîne le roi avec une forte armée que lui fournit le patriotisme des Parisiens. Les Espagnols durent rétrograder, et Corbie fut repris.

Le pays n'était pas déhvré par cette retraite : l'Espagnol, maître de LaCapelleetdu Catelet, inquiétait encore; pour le surveiller, l'arrêter au besoin, on munit toutes les places voisines de grosses garnisons; des troupes cam-

laî INTERRUPTION DU SERVICE DES POSTES.

Bas et de Munster ont cessé, et tous courriers et messagerB dequélq*» part que ce soit... »

Les correspondances particulières qui ont pu échapper confirment ces détails; nous l'avons déjà vu par une lettre de la mère Angélique, nous le verrons bientôt par une autre de saint Vincent de Paul à un de ses missionnaires. Une lettre d'un des agents du chancelier Séguicr, nommé Dulieu, avocat au présidial de Lyon (6 février), nous apprend le terrible effet que produisit cette mesure extrême de la cour sur toutes les populations du Hidi,etde Lyon en particulier. « Cette interdiction des postes fait beaucoup crier et le fera davantage ci-après, puisque tous les principaux marchands cessent de donner à travailler au pauvre peuple, qui bientôt sera réduit à la misère. »

A mesure qu'on s'éloigne de Paris, les maux augmentent encore, surtout si on se rapproche des frontières: consultons le manuscrit de M» Lehault; on se souvient que le 12 juillet 1648 il nous donnait une note des désastres de la banlieue de sa petite ville s*élevant à 60,000 livres. Depuis ce moment, plus de trêve, de merci. « Le 23 août, désastres causés par le régiment du comte de Grandpré entré sans ordre, par force et main armée, dans les faubourgs de Marie, où il a demeuré trois jours, le tout estimé par procès-verbal à 6.,000 livres. Le 18 septembre, c'est le vidame d'Amiens avec trois régiments; il y demeure quatre jours, revient le 25 avec quatre régiments, reste dix-neuf jours; toujours la môme conduite; dépense 14,000 livres. Si encore leur présence éloignait les ennemis : mais non, pendant leur séjour, la garnison d'Avesne pille aux portes la ville de Marcy, emmène cinquante chevaux ou vaches et Ireiae pr-- iers qui ne sont sortis qu'en payant rançon. » To-

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