S8 RÉHABILITATION
de Brisach^ et d'après la correspondance de Mazarin*; et
grand a éîé notre étonnement, en parcourant cette correspondance officielle, de voir que jamais peul-ôtre réputation de férocité ne fut moins méritée. Ce n'est pas ici une rèbabilitation paradoxale que nous entreprenons, nous youIods éclairer un fait important pour Tintelligence de Tépoque que nous étudions. La conduite barbare des soldats est attestée par d'Erlach lui-môme, mais la mémoire du général doit en être justifiée.
L'armée d'Erlacli était une de ces armées de la guerre de Trente ans, levées en Allemagne et composées de Suédois, de Polonais et d'Allemands ; Mazarin, qui n'espérait que dans les troupes étrangères pour se maintenir et se défendre, permit môme aux nombreux prisonniers fails à la bataille de Lcns de servir dans le corps d'Erlach. Mal payées, ces armées avaient pris l'habitude du pillage, comme l'altcsle une lettre d'Erlach à Mazarin dés qu'il est chargé du commandement de ces troupes :
<f C*0Rt un mauvais pli pris de longue main... LMnduIgenco et le libertinage dans Ics(iucls M. de Turcnne les a entretenues sans avoir Jamais fait do puiniion exemplaire parmi elles, les a tellement collfl^ mtîcs dans cette habitude qu'il est impossible do les réprimer, quelque peine qu'on y apporte. »
D'après le code de la guerre à celte époque, Tarméô d'Eiiath n'était bonne qu'à être employée sur le territoire ennemi pour le ruiner : aussi la dirigc-t-on d'abord sur la Flandre; dans la rT)ute, la Lorraine, la Champagne et la Picardie sont dévastées. Instruit de cette conduite.
1. Bibl. imp., — -. Yverdon, 1784. 4 vol. ia-8»; Correspondance di (lazarin, ms.- ~'* ' "Uz., — v— , l, U,
DU aÉNÉRAL ERLÂCH. 139
le maréchal de l'Hôpital, gouverneur de ces provinces, écrit à d'Erlach qu'il connaît l'indiscipline de ses soldats, rimpossibilitô de la corriger, et qu'il rendrait service à ces malheureuses contrées en conduisant son armée le pins vile possible en Flandre a pour la manger. » D'Er* hch n'était pas moins affligé que l'Hôpital des excès de ion armée ; une lettre qu'il écrit à sa femme nous a semf blé fort touchante :
H Nos gens se conduisent fort mal et pis que renncmi, de sorte qae noas sonrimes détestés de toute la France, tellement que la bonne réfutation qu^je m'étais acquise souffre beaucoup ; mais n'y pouvant rien cbaoger, Jo m*en rapporte à Dieu, qui sait que tous ces désordres ne ticDoentpas de moi. »
Cette bonne réputation dont s'honore d'Erlach en écrivant à sa femme est hautement attestée par la correspondance de Mazarin : le 19 décembre 16^43, il félicite Erbch de la bonne di>cipline de ses troupes; en janvier 1644, l'officier suisse veut quitter le service de la France, et il semble que ce soit à cause de l'indiscipline générale de l'armée; les protestations de bienveillance da ministre, les flatteries de la reine lui sont prodiguées pour le retenir :
«II n'est plus question de songer h f5c retirer du service dans nn temps oùvousôtes le plus nécessaire à cette C(uronne... Il faut plus que j:»mais l'appliquer à rcmeitre les affaires d'xMIcinagiie, à quoi vous ûios une des personnes qui pi-ut davantage conti il)ucr, et pour lesquelles le maréchal de Turenne a ordre de ne rien résoudre (ju'il l'ait concerté avec vous. Touies nos dépûclics sont chargées de vos sentiments, et nous n'avons rien tant à cœur que d'iuiroiiuire l'ordre et la discipline dans l'année, et de ne lien éj)arp;ner peur cette fin ; nous recevrons toujours vos avis là-dessus... Je vous dis derechef que nous préparons pour cela des fondements si solides, et que notjs prendrons si bien nos mesures à l'avenir, que j'esptrc que les accidents que nous avons vus n'arriveront (las..»— 4 février. Semblables assurances sur la future discipline de