‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 78 sur 316 · RÉHABILITATION · texte numérisé non relu

RÉHABILITATION

Tannée; mais comme toujours, ce sont de vaines promesses, et te dâi> ordre se perpétue dans l'armée. »

C'est cette armée, fléau d'un pays ami, à cause de son pesant bagage, des femmes et des valets qui lasuiyaient(im seul corps, formé de cinq régiments infanterie et cavalerie, avait environ 1,500 femmes, servantes ou concubines, et 900 valets), que Mazarin fait hiverner en Picardie (province dont elle ignorait la langue, et dont elle ne pratjqaait pas la religion, presque tous ceux qui la composaient étant Allemands et luthériens), dans une saison où il n'y avaitni vivres ni fourrages, ce qui faisait naître des prétextes de pillage et de violence. Pour comble d'imprévoyance, le ministre la laisse sans solde : d'Erlach est d'abord oblige d'engager tout ce qu'il possédait; mais bientôt, ces ressources épuisées, la détresse amène un régiment entier à déserter. Le beau régiment d'Erlach lui-môme, que la cour avait tant admiré précédemment, donna les plus mauvais exemples, chassa ?es officiers et reprit la route du Rhin. On le poursuivit : une partie rentra dans le devoir, les autres s'enfuirent ou furent tués.

Ces dégoûts firent qu'Erlach, donnant pour raison le délabrement de sa santé et la détresse de ses finances (il n'avait pas à lui cent pistoles, dit-il), demanda un autre chef pour ses troupes et la permi&sion de se retirer dans son gouvernement. On songea un instant à renvoyer ses soldats aux frontières; mais comment 1ns ramener sans les payer, et surtout comment les conduire à travers des pays déjà ruinés par eux? Aussi Mazarin eut-il une conférence à La Fére avec d'Erlach et lui donna-t-il cinquante mille écus pour toute son armée.

Une somme aussi minime ne pouvait mener lom; Li' 'tuation empira, la cavalerie refusa de mar-

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cher en ayant et déclara par écrit qu'elle se Joindrait à Turenne si on ne la payait; tons les capitaines signèrent la déclaration; rartillerie, de son côté, éleya aussi des réclamations. La cour enyoya H. de Choisy pour traiter avec cette armée en insurrection : grâce h Tinteryention d*£rlach, et, yu la difficulté des circonstances, '[ les soldats renoncèrent à la moi lié de leurs préten- [ tions, à condition de recevoir l'autre moitié en cinq termes différents, et de pouvoir quitter le service du roi si on ne leur tenait parole. Cet arrangement inespéré valut à d'Erlach les félicitations les plus empressées de la cour; Mazarin lui fît présent sur sa cassette de deox mille pistoles, et Letellier l'assura du payement de ses troupes. Malgré la solennité de l'engagement, les événements, plus forts que les ministres, et la détresse complète des finances empêchèrent de faire honneur aux échéances. On ne peut se faire une idée de cette pénurie : après le siège de Cambrai, dit la correspondance d'Erlach, on n'avait plus d'argent pour faire ferrer les chevaux. Dans une pareille situation, les désordres devaient reparaître, et plus graves encore que parle passé. Le chagrin alors s'empara d'Erlach; consumé par une Oévre leote, il se fit transporter à Saint-Quentin, puis à Péronne, et de là gagna son gouvernement de Brisacb, où il mourut le 26 janvier 16S0, à l'âge de cinquante-quatre ans. Trois jours avant sa mort le roi le nommait maréchal de France ; mais la nouvelle arriva trop tard, et celte éclatante distinction ne décora que son tombeau. On lui devait, lorsqu'il mourut, pour arriéré de ses grades ou pour avances faites à ses troupes, 200,000 livres; malgré les pressantes réclamations de la veuve d'Erlach, celle-ci n'avait encore jrien regu le 12 février 1652, ainsi que le témoigne une \s^\kiA»

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OÙ elle redemande cette somme pour établir ses filles et entretenir honorablement sa maison. H. de Longaeil, surintendant des finances^ tout en reconnaissant la dette, déclara ne pouvoir Tacquitter.

Un fait que nous rencontrons dans le journal si prédeux de noire notaire de Marie, vient confirmer l'impression produite sur nous par la correspondance d'Erlacli. Le 12 mai 1649, l'armée d'Erlach, composée de treUê mille hommes avec douze pièces de canon, pendant un séjour d'un mois aux environs de Marie ou à Marie, « fU fort peu de dégâts, en conséquence des défenses qu'en avtût faites ledit Erltich. » Celte modéralion, que MM. Fleury et Maynard traitent de t caprice de douceur inexplicable, » s'cxpliquo tout natunllomcnt par la discipline qu'exige et qu'obtient ce mallicurcux d'Erlach de soldats qui viennent de recevoir leur solde, mais que lui refusera bientôt celte môme armée le jour où la solde manqua, et où pour vivre il fallut piller le paysan. Pour nous, nous avouons qu'en face de celle correspondance, nous ne pouvons que plaindre d'Eilach; nous ne nous sentons pas le courage de lui »nppliqucr répithète de bandit, inséparable de son nom dans les récits de ces historiens qui se sont fait Téclio de la rancune des malheureuses populations. Nous n'Iiésilons pas à faire remonter la responsabilité de tous ces actes horribles, non plus au général, mais au malheur des temps et au gouvernement lui-même qui le réduisait a cette triste position, àMazarln, à Anne d'Autriche, à Louis XIV; et cette justification ne s'adresse pas seulement à d'Erlach, mais à son lieutenant Rosen-Worms, qui devint son successeur dans le commandement des Allemande, au maréchal Da Ples' in, dont la correspondance annonce la plus

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