II PRÉFACE
durée de l'ancienne monarchie. Ces écrivains embrassaient trop pour bien prouver : les quelques faits isolés qu'ils citaient, empruntés à chacun des règnes de nos rois, pouvaient, avec une certaine apparence de raison, être justifiés, par les esprits optimistes ou intéressés, comme de simples accidents, et conséquemment ne tirant point à conséquence.
Pendant douze années d'études persévéramment poursuivies sur ce sujet, nous avons suivi la même méthode et amassé de très-considérables matériaux pour une Histoire du paupérisme en France avant 1789 ; déjà nous en avions publié quelques fragments dans divers recueils : V Indépendant de Neuchâtel (Suisse) et la Bévue de Paris. Un de ces articles {Chapitre inédit de l'histoire de la Fronde., 1856) obtint des marques d'estime assez rares pour un travail aussi court (trente-deux pages) ; MM. Michelet, Henri Martin, H. Bordier, Ed. Charton, voulurent bien en citer des passages étendus dans leurs Histoires de France ; M. Louandre le recommanda dans son importante étude de VAlimentation publique sous l'ancienne monarchie; M. Ed. Fleury le développa au point de vue local du département de l'Aisne {le Diocèse de Laon pendant la Fronde); divers journaux des provinces, dont notre récit avait fait connaître l'épouvantable misère {Courrier de Saint-Quentin., Revue picarde^ etc.), l'analysèrent longuement ou en citèrent
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des documents. Cette attention, qu'on accordait sans doute uniquement à la nouveauté du sujet, fut pour nous un avertissement : nous comprîmes qu'au lieu d'une histoire générale du paupérisme, sous peine d'insuffisance, il fallait étudier à fond, sonder bien avant une période de cette lugubre et immense histoire , et faire toucher au doigt , pour ainsi dire , les conditions d'existence de nos pères avant 1789.
Notre sujet nous était d'avance désigné : c'était la minorité de Louis XIV, que les historiens de la Fronde avaient jusqu'alors traitée comme un épisode romanesque, une comédie bouffonne, propre au plus à fournir à des romanciers ou à des librettistes le canevas de leurs trilogies ou de leurs opéras-comiques. Les historiens économistes mêmes s'y étaient trompés : de tous ceux que nous citions plus haut, deux seulement, MM. Du Cellier et Bonnemère, avaient un peu entrevu les maux de l'époque ; pour les autres, tout était pour le mieux dans le plus gai des mondes possible. Si donc nous parvenions à établir que cette époque ne le cède en rien comme misère, mortalité, diminution de la richesse nationale, dégradation morale, aux époques reconnues comme les plus malheureuses de nos annales, à la féodalité, au dixième siècle ou siècle de fer^ aux temps de la conquête anglaise, à la désastreuse lutte contre ia maison d'Autriche, au siècle des guerres de religion et de la Ligue, aux vingt-cinq