EN FRANCK
tième siècle se trouve représenté pnr Lesueur, dont la Vie de Saint Bruno, Saint Gervais, Saint Protais el Saint Paul à Êphèse, csir3iCiév\seni bien l'époque des Bérulle, des François de Sales, des Vincent de Paul, des Saint- Cyran et des hommes de Port-Royal, il est un artiste qui a consacré son talent à en retracer les douleui's et les souffrances; c'est Callot. si populaire, si connu même de ceux qui ignorent les arts, Callot dont le nom seul est un type.
Tous les documents que fournil l'histoire des arts au dix-septième siècle témoignent à l'envi de l'immense réputation de cet artiste parmi ses contemporains : loué par tous, adopté de l'Europe entière, Callot semble n'avoir pas eu d'égaux dans l'estime publique. Aussi, quelle que soit l'admiration qu'inspire son talent, ses panégyristes sont contraints de se demander comment sa renommée n'a pas pâli, ne s'est pas effacée devant le mérite bien supérieur des Nanteuil, des Roullet, des Edelinck, des Audran, des Drevet qui Font suivi; comment même elle a pu s'établir, quand son œuvre, considéré au point de vue abstrait de l'art, paraît si inférieur h celui d'Albert Durer, son prédécesseur?
Un homme qui a étudié Callot avec un zèle particulier et qui l'a parfaitement fait connaître, attribue ce'.te réputation extraordinaire à ce que Callot fut surtout un génie créateur, tandis que les autres grands burinistes du dixseptième siècle ne furent, en général, que des imitateurs. Sans vouloir contester ce que celte appréciation a de juste el de sérieux, nous croyons que M. Meaume n'a pas assez tenu compte de ce fait que Callot a surtout représenté son époque. Les Bohémiens, les Misères de la guerre, les Supplices, voilà le dix-septième siècle dans sa cruelle vé-
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rite! et Callot, qui passe généralement pour un fantaisiste^ est, à nos yeux, un grand réaliste; il avait buriné les malheurs de son temps bien avant qu'on songeât à les écrire, et encore aujourd'hui, si nous voulions illustrer le travail qui nous occupe, c'est à Callot que nous nous adresserions. Tous ses contemporains retrouvaient dans ces petites gravures les calamités qu'ils avaient eues sous les yeux, qui souvent mônie les avaient frappés. Callot n'est pas seulement un gr.iveur lorrain, comme l'a trop cru son habile biographe, M. Meaume, c'est un artiste sorti, pour ainsi dire, des entrailles de la société, que la société a reconnu, adopté, parce qu'il était en pleine communion, identité de pensées avec elle; de là cette étonnante réputation que le temps et la comparaison avec d'autres talents supérieurs n'ont pu entamer. Callot est un de ces hommes qui s'élèvent au-dessus d'un provincialisme étroit pour appartenir à leur siècle, mieux encore, à l'humanité.
Les Bohémiens ne sont pas seulement l'histoire fantaisiste de ces vagabonds à la suite desquels le jeune Callot, obéissant à sa passion pour les arts, malgré la volonté de son père, alla en Italie; c'est Tiiistoire, la vie de trente mille familles protestantes qu'en 1627 l'empereur Ferdinand chassait de l'Allemagne, après sa victoire de la Montagne-Blanche, et qui, jetées dans l'Europe entière, ont rendu pour tous leur nom synonyme de vie nomade, vagabonde, vie de hasard : les Bohémiens et la vie de Bohême.
La Lorraine conquise par les Français a mis ce spectacle sous les yeux de l'artiste; plus tard ce sera le tour des populations entières de la France pendant la Fronde. C'est le sort qui, à l'époque de Callot, attend peut-être
UN COTÉ DU XVIIc SIÈCLE. 7
tout le monde au milieu des chances de cette longue et orageuse guerre de Trente ans. Grands ou petits, chacun se sent un peu bohémien, en a la vie, les allures. C'était le genre d'existence de tous ces fameux capitaines allemands cl de leurs officiers, les Wallenstein, les Mansfeld, les Brunswick, les Tiiiy, les Bernard de Saxe-Weimar. les Jean de Werth; ce sera la vie du souverain de Callot. le duc Cliarles de Lorraine; un jour ce sera celle de Condé : tout le monde court « les bonnes aventures » du grand chemin. Sous les vêtements de ces bandits bien armés, bien équipés, chaussés de guêlres à la mousquetaire, drapés dans leurs manteaux, fièrement campés sur leurs maigres haridelles, on reconnaîtrait peut-être un de ces sept cent cinquante-cinq soigneurs dépouillés de leurs biens et chassés de Bohême par un vainqueur fanatique et cruel; dans ces femmes à la grande mante, au chapeau orné de plumes, dont la maternité adoucit la physionomie et lui donne un air de mélancolie résignée, ne retrouverait-on pas ces châtelaines que le droit du plus fort a faites coureuses d'aventures? Callot, dans son pays même, avait eu de fréquents exemples de ces bouleversements de fortune qui conduisaient à la vie de Bohême : plusieurs seigneurs lorrain^: étaient venus mendier aux genoux des missionnaires de saint Vincent de Paul; leurs femmes et leurs filles vendaient leur honneur pour un morceau de pain, si l'aumône tardait trop. La misère leur a déjà donné les vices qu'elle apporte trop souvent avec elle; victimes de la violence et de l'injustice, ils les feront à leur tour subir à d'autres. En voyant leurs mines creuses, la figure épuisée des femmes, les enfants mourant de faim, véritables fantômes habillés, on ne s'étonne plus de trouver le pil-