‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 105 sur 420 · BILAN D'UNE GUERRE POUR RIRE · texte numérisé non relu

BILAN D'UNE GUERRE POUR RIRE

« Pour parler à V. Ém. avec la sincérité que je dois, il ne faut pas qu'elle doute que le pays ne soit ruiné par nos troupes et celles du duc de Longueville, ayant été obligé, pour rompre le dessein qu'il avait de se joindre aux troupes de basse Normandie, de me tenir pendant près de deux mois dans huit ou dix lieues de pays (au camp de Bonneville), que nous avons mangé jusqu'à ne rien laisser; d'ailleurs, monseigneur, nous n'avons pas un sol, et si V. Ém. ne fait faire effort pour donner quelque argent aux troupes, nous nous voyons à la veille d'être desservis par les officiers, qui nous menacent de leur retraite; ils n'ont pas véritablement de quoi- vivre, et si le soldat et le cavalier a moyen de vivoter, les officiers n'en peuvent faire de même, et nous nous voyons réduits à cette extrémité, que si nous continuions à faire justice de ceux qui pillent, comme nous avions déjà commencé, nous perdrions un nombre infini de nos bons soldats, qui ne sauraient subsister sans désordre, la plupart n'ayant pas reçu un sol depuis dix mois ^ »

Le duc de Longueville, grâce aux arrôls du Parlement de Rouen, à l'or que lui avaient fourni les taxes, le sel et les forêts, et surtout à la misère cl à l'impossibilité de travailler, avait enfin réuni son armée : on vit en un seul jour dans les bruyères de Saint-Julien 2,800 piétons et 1,300 cavaliers en grand appareil prêter serment « de servir le roi et les Parlements de Paris et de Rouen unis ensemble, sous le commandement de M^' le duc de Longueville. )) Les chefs de cette armée, si plaisamment peints par Saint-Evremond, étaient d'abord tous les vétérans conspii'ateurs du règne précédent, les Fiesqiie, les Saint-Ibal, les Fontrailles, les Campion, ou des gentilshommes normands avides de jouer un rôle et de remplir un peu leur bourse trop légère; les plus capables étaient encore peut-être ceux qui avaient appris à connaître le pays par « quarante années de chasse, estimées dans cette armée valoir vingt campagnes. » Celte armée ridicule n'en coûta pas moins cher à la pauvre Normandie, déjà épui-

1. Arch. imp. KK, ms. 1083, f 150. — Ms., Dibl. im., n» 355; Floquet.

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