‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 107 sur 420 · LA FRONDE EN PROVENCE · texte numérisé non relu

LA FRONDE EN PROVENCE

horreurs de cette guerre, dont le voisinage les menace et amène de nombreux passages de soldats ', s'efforcent, par une députation, de réconcilier le comte d'Alais, gouverneur de Provence, et le Parlement d'Aix ; faut-il citer Papon et tous les meilleurs historiens du pays pour dire :

« L'armée du comte d'Alais, forte de raille chevaux et de quinze cents fantassins, campée dans les villages voisins d'Aubaigne, y vit à discrétion... brûle, pille et viole partout où elle passe, arrête et rançonne les courriers expédiés par le Parlement à la cour... Ses profanations vont jusqu'à dévaster les églises et les tombeaux; la terre de Rognes, le terroir de Pellissane ont été entièrement pillés, plusieurs villages ont eu le même sort; le bourg de Meyrargues mis à feu et à sang, celui de Saint-Paul, livré d'abord au pillage, puis brûlé; une circulaire du comte d'Alais lui-môme parle « des meurtres, assassinats, « voleries et brigandages qui se commettent chaque jour sur les grands « chemins en divers endroits de la province. » A toutes ces souffrances vint s'ajouter la peste; elle éclata d'abord à Marseille (juillet), se répandit à Aix et dans tout le pays; le mal fut si violent que les compagnies souveraines sortirent de la ville pour se retirer en divers lieux, et les habitants dans leurs bastides : c'est une fuite, une dispersion générale et dans tous les sens. A Marseille, plus de dix mille personnes avaient déjà quitté la ville (le 2 août), dit la Gazette de France; tout le commerce fut anéanti; une grande cherté dans les grains en fut la conséquence, et bientôt le blé valut plus de dix écus la charge. »

Aussi, dans une situation aussi triste, sans fortifications et sans canons, Aix, toujours menacé d'un siège par le

1. Bibl. imp., ms., coll. Languedoc, t. XCV, passim, fonds Coislin, 8 mars 1649. « Les excès de gens de guerre, dit M. de Breteuil, pourront seuls indisposer, en Languedoc, le peuple, qui se sent encouragé par le Parlement, menaçant chaque jour de rendre arrêt pour obliger les soldats à payer ou à sortir du pays; depuis cinq semaines il y a six régiments qui vivent à discrétion. » — 18 août, lettre de Bertier de Mon • tranc, lettres de M de la Rocque, chef de la députation, etc.; Toulon pendant la, Fronde, par M. Henry, archiviste du Var, dans le Bulletin de la Société des lettres du Var: Lettres dti Guy Patin sur la peste de Marseille; Correspondance du chancelier Séguier, S. G. F. Bibl. imp.i ms., ^, f° 82, pour la ruine du commerce de Marseille.

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