LA PAIX DE SAINT-GERMAIN N'EST QU'UNE TRÊVE. 15S
générale du royaume qui faisait leur force. Le jourmôrae de l'enregistrement de la déclaration royale de Saint- Germain, à la fin de la séance, le doyen des aides de Normandie ne s'en était pas caché lorsqu'il s'écriait : « Souvenons-nous, messieurs, combien a été avantageuse l'Union des compagnies et qu'elle ne finisse pas avec cette guerre, mais soit perpétuelle pour le bien du service du roi et de la justice, pour l'avantage de la province et des compagnies. » Les bourgeois, de leur côté, devinrent bien vite furieux de voir que la cour ne rentrait pas à Paris : à quoi avait servi leur modération pendant la guerre? les pourvoyeurs du roi n'avaient-ils pas durant le blocus iiiême été toujours privilégiés sur le marché de Paris? Pourquoi ne tenait-on aucun compte de leurs regrets, de leurs supplications, de leurs vœux pour la gloire et l'éclat du régne de leur jeune souverain? Jamais peuple avait-il ainsi couru au-devant de son roi *? Aussi de l'enthousiasme on avait passé au dépit; les pamphlets avaient recommencé de plus belle, et la populace n'hésitait pas à arracher des mains des exempts l'imprimeur Morlot, condamné à la potence par le Parlement, pour la publication d'un des plus odieux libelles de la Fronde, la Custode {rideau du lit) de la reine qui dit tout.
Trois lettres écrites par des ministres de Louis XIV, mieux que tout ce que nous pourrions dire, éclaireront la situation : les deux premières sont du chancelier garde des sceaux, Séguier, au secrétaire d'Etat ministre de la guerre, Letellier; la troisième est de Mazarin lui-même.
1. Voir le Manuel du bon citoyen, 1649; la Plainte des Parisiens au roi et à la reine sur leur dessein de s'éloigner de Paris; la Plainte du Palnis-Royal sur l'absence du roi, etc.; Moreau, Bibliographie des Mazarinades.