LETTRES DE SÉGUIER
Le Dauphiné, quoique n'ayant pris aucune part aux événements politiques, avait fait aussi sa petite rébellion au sujet des impôts, et le Parlement de Grenoble avait enregistré de sa propre autorité une déclaration contraire à celle du roi par rapport aux étapes et autres impositions; le chancelier fait savoir à quelle résolution on s'est arrêté dans le conseil au sujet de cette affaire :
« 12 mai I6!i9. — Si nous étions en état de pouvoir se servir de la puissance pour venger l'injure faite à l'autorité royale, cette violence mériterait bien un châtiment exemplaire, mais on a jugé qu'il faut mesurer le remède h. la condition de l'état de la province, et ne pas se servir de toute la sévérité que désirerait ce crime, crainte que voulant beaucoup entreprendre, l'on excitât une seconde émotion qui serait plus dangereuse que la première, et que Févénement en serait douteux... C'est le sentiment de MM. du conseil, qui ont suivi la pensée de MM. des finances, qui ont cru par cette voie assurer toutes les autres impositions de la province, qui sont augmentées du double depuis le règlement fait à Lyon, qui les avait fixées à 900,000 lîvreç, joint que les dépenses des gens de guerre reviennent cette année à 1,000,000, je n'ose dire deux millions, ainsi qu'on l'a avancé... »
Malgré la prudence dont on a usé, l'affaire du Dauphiné a eu du retentissement : à son exemple, le Languedoc a réclamé la liberté de fixer ce qu'il croira devoir donner au roi; on craint que la Provence, la Guienne et la Normandie ne veuillent imiter cet exemple. Nouvelles et anxieuses délibérations du conseil, nouvelle lettre plus explicite du chancelier :
« 30 mai. — Si ces mouvements eussent paru avant notre paix (de Saint-Germain), ils eussent été sans remède, ce qui fait juger combien il est important de conserver Paris dans l'état où il est k présent; l'on n'a pas estimé à propos de demandpr aucun si'-cours à la ville de Paris. La proposition serait infructueuse, et ne produirait qu'un refus qui donnerait sujet aux esprits mal affectionnés de faire beaucoup de discours ei de semer des bruits dans le public, que l'on aurait peine d'étouffer... Il y a beaucop de dispositions dans les esprits à recevoir