LES SUPPLICES
sur lo cadavre de son mari Une autre gravure représente les attaques à main armée sur la grande route; antôt c'est nn pauvre colporteur auquel deux soldats ravissent sa balle de marchandises, ou bien c'est une voiture dont une troupe entière met en fuite l'escorte et pille l'intérieur à loisir.
On ne saurait suivre pièce à pièce toutes ces compositions lamentables, si frappantes de vérité pour les contemporains, où l'odieux et le terrible se rencontrent à chaque pas. Heureusement, pour consoler de ces scènes d'horreur, le graveur a montré dans quelques-unes le châtiment arrivant à pas lents : c'est la justice prévôtale qui, de temps en temps, pend, roue, ou fait passer par les armes ces bandits, opprobre du corps auquel ils appartiennent; ou bien ce sont les paysans qui massacrent impitoyablement les traînards tombés dans leurs embuscades. D'autres soldats, après la guerre, mènent l'existence la plus malheureuse, infirmes et mendiants; «bien peu nombreux sont ceux qui méritent une glorieuse récompense au terme d'une carrière honorable. »
Prédécesseur, à sa manière, du jurisconsulte philosophe Beccaria, auteur des Délits et des peines, le graveur lorrain qui tout à l'heure protestait dans un éloquent anathème contre tous ces forfaits de lèse-humanité qu'enfantent la guerre et ses mille passions brutales, Callot, dans sa célèbre gravure les Supplices, semble s'élever avec non moins de force contre la répression violente alors en usage. Il y représente toutes les tortures employées en Europe : le gibet, la roue, l'écartellement, le bûcher, etc. Dans une immense place, ainsi que dans les rues qui y aboutissent et jusque sur les toits des maisons, se meuvent, s'agitent sans confusion des milliers