ENQUETE DE
« Passage désastreux de quinze à seize mille hommes de l'armée de Du Plessis-Praslin, qui en huit jours (28 juillet au 6 août) ruine la ville et le pays à trois à quatre lieues à la ronde ; quantité de maisons sont démolies par les soldats, qui s'en font des huttes; incendie de dix maisons au grand faubourg. Le 12 août, les Espagnols, sous la conduite de Fuensaldagne, y entrent à leur tour; les bestiaux et les grains sont pris, emmenés à l'armée des ennemis , et la ville paye 1,600 livres pour sauver son église du pillage; le gouverneur dût racheter sa liberté pour 3,000 livres. Le 9 septembre, les Espagnols, commandés par lo comte de Sfondrat, ravagent de nouveau Marie et les environs. On fuit de tous côtés, et à Marie seul la dépense de la sortie des femmes et du transport des meubles a été estimée plus de 8,000 livres. »
Si nous consultons maintenant Tenquête faite en 1650, dans la province de Picardie, cette déplorable situation sera encore prouvée par les mille témoignages que rapporte M. Ed. Fleury. A plus de deux siècles de distance, la lecture de ces dépositions fait encore frémir, arrache les larmes des yeux : ce ne sont pas quelques témoins isolés qu'on pouvait facilement suborner, des témoins intéressés à grossir le mal, parce qu'ilc viennent déplorer des pertes et demander des indemnités; ce sont d'ordinaire des officiers publics, en grand nombre, dont les récits se confirment mutuellement. Dans cette multitude de témoignages portés devant messire Louis de Hérissart, conseiller du roi en l'élection de Laon, on ne sait lesquels choisir, lesquels laisser; prenons-les au hasard. Charles Bertrand, curé de x^iontcornet, dépose ainsi :
« Les calamités et misères ont réduit tnut le pauvre peuple à une telle extrémité, que les maladies sont survenues si générales, qu'il en est mort presque les deux tiers, étant vrai et à la connaissance particuhère du déposant qu'à Montcornet, qui n'était composé que de trois cents feux, il est mort sept cents personnes, et de ceux qui restent vivants il y en a encore la moitié de malades et en danger de vie. Et n'y ayant plus de liberté dans le bourg ni un la campagne, tout le commerce est cessé, et n'y a plus de trafic, soit denrées ou autres marchandises,