‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 148 sur 420 · ROLE · texte numérisé non relu

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la férocité, l'abnégation en face de l'égoïsme. A la force de résistance que déploient contre ces grands fléaux le gouvernement ou les individus, on peut juger du niveau de la civilisation, de la puiss.ince de la société, de la force des institutions. L'examen fait dans ces conditions donne ici une réponse des plus tristes, des plus navrantes : ces institutions, qui paraissaient si fortes, n'ont aucun ressort; cette civilisation, qu'on jugeait si brilhmte, n'a qu'un éclat emprunté ; cette nation mourait lentement de langueur et de faim. En vain se rencontre-t-il un de ces hommes que la destinée des nations tient en réserve comme pour retarder les grandes catastrophes; un de ces hommes qui sauveraient les sociétés, si les sociétés, atteintes dans leur vitalité, pouvaient être sauvées. En vain la voix de cet homme qui s'appelle du grand nom de Vincent de Paul * crie-t-elle à ce gouvernement corl'ompu, à cette administration gangrenée, que ce qui lui manque c'est la pitié pour les malheureux, c'est-à-dire la population à peu près tout entière; que la loi de tous les lieux, de tous les temps, la loi éternelle, c'est l'équité, la

1. Pour ne pas dérouter le lecteur, nous avons écrit, conformément à l'usage, de Paul en deux mots, cependant toutes les signatures authentiques du saint portent DePaul en un seul mot, et on dirait avec deux majuscules; M. Vallet de Viriville, qui a rendu à l'héroïne de Domremy son véritable nom, Jeanne Darc, avait déjà fait remarquer incidemment dans les Archives de l'Aube, 1841, à l'occasion d'un autographe de saint Vincent que possède la ville de Troyes, cette orthographe du nom du fondateur des Filles de la charité. Une autre coïncidence semble ajouter à la probabilité de notre conjecture : le docteur Depaul, dont la famille est originaire du Béarn, à quelques lieues du hameau qui vit naître notre saint, écrit son nom en un seul mot. M. C. de Paul, professeur à l'hcoli^ Turgot, l'écrit en deux mots, mais cette orthographe, dit-il, répond dans nos usages actuels aux deux majuscules du dixseptième siècle, telles qu'on les écrivait dans le Midi. Les registres paroissiaux de Pouy ne peuvent éclairer la question, puisqu'ils ne remontent qu'à 1625.

charité. Son avertissement n'est pas compris : le spectacle d'un si eiïroyable mailieur ne peut vaincre i'égoisme de la cour et des grands, appeler les réformes sur une législation empreinte d'une si oïlieuse inégalité; en vain quehiues âmes d'élite, des corporations même, telles que magistrature, corps médical et confréries rivalisent d'efforts avec saint Vincent de Paul pour chercher à ranimer ce grand corps social dont la vie n'était plus qu'apparente, ils ne peuvent que le galvaniser. Une société qui ne veut pas introduire la justice dans la loi, assurer à chacun une part de ce que Dieu a donné pour tous, est une société dont la vie se retire, une société condamnée à périr : un siècle et demi à peine sépare la Fronde de 1789!

Si l'Église catholique a donné à Vincent place dans ce patriciat qu'elle appelle les Saints, l'humanité entière le compte, avec raison, au premier rang de ceux qui méritent la reconnaissance et la vénération de leurs semblables. Vincent est plus que le grand homme d'un pays, c'est l'apôtre d'une cause qui intéresse l'humanité dans ce qu'elle a de plus intime, de plus touchant et de plus redoutable, la cause des pauvi'es ; rarement l'histoire aura à inscrire des titres de gloire plus pure. Pour l'exemple de notre temps, pour l'honneur de la conscience humaine, arrêtons- nous un peu à considérer ce spectacle d'un homme qui s'élève au-dessus de son siècle par ses seules vertus, et mérite ainsi d'être choisi par tous comme le « ministre de la charité nationale, » dit heureusement M. H. Martin. Fatigués par ces récits de cruauté des gens de guerre, découragés par cette insouciance des chefs légitimes, indignés par cette avidité des financiers qui ont produit la misère publique, retrempons-nous devant le

désintéressement plein d'abnégation, le souci persévérant du soulagement de tous, la sensibilité vraie qui ont valu à ce paysan des Lan les l'honneur insigne d'être à la tête de toute l'œuvre cbaritable du dix-septième siècle, d'en rassembler sous sa main tous les ouvriers.

Nous allons contempler un spectacle semblable à celui que MM. Ozanam, de Montalembert et surtout Amédée Thierry nous ont montré à la fin du cinquième siècle, à la veille de la chute du monde romain dans la personne de saint Séverin, l'apôtre da Norique. Seulement, le théâtre s'agrandit : au lieu de deux petites provinces éloignées, c'est un royaume entier ; de grandes armées dévastatrices ont remplacé les petites tribus barbares ; ce ne sont plus quelques moines des monastères de Favianes et de Passau, ce sont des ordres religieux en grand nombre qui rivalisent de docilité et de zèle pour obéir à des ordres émanés d'une humble cellule. Mais aussi l'impuissance qu'on remarquait dans l'œuvre de saint Séverin éclate encore plus visible dans celle de saint Vincent de Paul; tout son dévouement ne sert qu'à mieux prouver l'intensité et l'étendue du mal qui, comme un torrent irrésistible, entraîne les digues qu'on lui oppose.

Pendant les 'ongues et terribles guerres de religion, le catholicisme français était tombé dans la plus déplorable situation morale qu'on puisse imaginer : cette période de trouble et d'agitation n'avait amené à sa suite que fanatisme, ignorance et grossièreté. Les pasteurs ne valaient pas mieux que le troupeau : mille abus, grâce à la licence des temps, s'étaient introduits dans les couvents; il n'y avait plus de discipline, les désordres les plus honteux semblaient la règle, la vie de beaucoup de monastères. Depuis qu'elle ne pouvait plus lancer

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