‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 153 sur 420 · RÉQUISITOIRE JUDICIAIRE · texte numérisé non relu

RÉQUISITOIRE JUDICIAIRE

Ce ne fut cependant pas dans leur diocèse, mais dans celui d'Amiens, sur les terres de la famille de Gondy, à Folleville, qu'il établit, le 23 janvier 1617, sa première Mission ou Compagnie pour la prédication des pauvres paysans si délaissés. Tout à coup, cédant à divers scrupules, Vincent résigne ses fonctions pédagogiques pour reprendre, de l'aveu de son guide Bérulle, sa vie de simple curé, et va s'établir h Cliâtillon-lez-Dombes(Ain). Là, quelques mois après, le 12 décembre 1617, il établissait la première Confrérie des Servantes et des Gardes des pauvres, ou Charité de Châtillon, et cette institution, qui paraissait dans l'origine applicable seulement à une petite ville de province, se répandit aux environs, à Bourg, et bientôt, par l'intermédiaire de madame de Gondy, qui ne cessait de correspondre avec son ancien directeur, à Villepreux, à Joigny, à Monlmirail, et dans presque toutes les terres qui dépendaient de cette riche maison. L'archevêque de Paris en approuvait les règlements en 1618, celui d'Amiens en 1620 pour Folleville; enfin nous les trouvons établies en 1629, à Paris, sur la paroisse de Saint-Sauveur, rue Pavée, où s'élevait l'hôtel des Gondy.

Ces Confréries ou Charités ne s'établirent pas toutefois sans obstacle ni sans résistance, si nous en jugeons par la pièce suivante que nous avons trouvée dans \e& Archives du Comité d'histoire de France prés le ministère de l'instruction publique :

Projet de réquisitoire et d'ordonnance de M. le lieutenant de Beauvais contre l'établissement que voulait M. Vincent de Paul, sans être autorisé^ d'une confrairie de charité à Beauvais {lequel projet a été trouvé dans les pièces du présidial) :

« Sur ce qu'il nous a été remontré par les procureurs du roi audit bi('ge, que combien qu'il soit strictement défendu par les ordonnances

royaux et arrêtés de la cour, à toute personne, de diriger ni établir aucune société ou confrairieen ce royaume sans lettres-patentes de Sa Majesté, si est-ce néanmoins que, depuis quinze jours environ, serait arrivé en cette ville un certain prûtre nommé Vincent, lequel, au mépris de l'autorité royale aurait, sans on communiquer aux officiers royaux ni à aucun autre corps de la ville qui y eût intérêt, fait assembler un grand nombre de femmes, auxquelles il avait persuadé de se mettre de la confrairie, à laquelle il donne le nom spéciaux {sic) de la Charité, qX à laquelle il désirait exiger pour subvenir et fournir de vivres et autres nécessités aux pauvres malades de ladite ville de Beauvais, et aller chacune semaine en leurs maisons faire la quête des deniers qu'ils voudraient bailler à cet eflet; ce qui aurait été depuis exécuté par ledit Vincent et icelle confrairie érigée, en laquelle il avait reçu 300 femmes ou environ, lesquelles, pour faire leurs exercices et fonctions ci-dessus, s'assemblent souvent, ce qui ne doit être toléré. Attendu les défenses portées par les édits et arrêtés, requérons y être pourvu, et en le faisant, informé de ce que dessus, pour l'information faite être envoyée à M. le procureur général du roi, nous avons, etc. »

Le titre de ce document « Projet de réquisitoire » semble indiijuer qu'on ne continua pas les poursuites commencées: probablement l'esprit de Vincent, éloigné de toute espèce d'intrigues, son caractère « un peu sujet à la crainte d'offenser les personnes de condition, » dit M, Samte-Beuve, le déterminèrent promptement à se soumettre aux lois de son pays. Dès lors l'honorable magistrat, scrupuleux observateur de son devoir, n'ayant plus à requérir contre le citoyen, laissa en paix le prêtre exercer son œuvre charitable.

Marquons-en bien le caractère nouveau et puissant. Avec son bon sens pratique, Vincent vit que les anciennes institutions monastiques, corrompues par le temps, n'avaient plus aucun crédit; que, si l'on ne voulait voir la société entière s'éloigner du sanctuaire, il fallait la faire entrer de moitié dans la religion. Aussi ce qu'il prêche, ce qu'il conseille en toute circonstance, c'est la vie active, sociale, la charité venant s'asseoir au pauvre foyer

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