ŒUVRE
d'un malheureux enfant trouvé dont il devait se servir pour exciter la compassion publique, Vincent le lui arracha des mains, l'emporta dans ses bras, et, suivi d'une foule de gens à qui il a raconté ce qui venait de se passer, il se rendit à la pauvre maison de la Couche, où l'on rassemblait ces petits infortunés. La vue de cette chétive institution, qui n'avait pour tout personnel qu'une veuve et deux servantes ; l'enquête qu'il fit faire par des Dames de Charité sur le sort des trois cents ou quatre cents enfants exposés chaque année et qui presque tous périssaient, l'engagent dans une œuvre nouvelle. Il prend douze de ces pauvres petits, tirés au sort, et les remet à mademoiselle Legras et à ses Filles de la Charité. Pendant dix ans, l'OEuvre ne se soutint qu'avec peine, tant le préjugé contre ces malheureuses créatures était puissant, et, en 1648, elle menaçait de périr; la chaleureuse éloquence de Vincent, parlant à toutes les Dames de Charité qu'il a rassemblées, le discours célèbre qu'il leur adresse, en remuant les cœurs de toutes ces mères, sauva l'OEuvre des Enfants-Trouvés, et généralisa pour la France cette institution essayée depuis longtemps, mais qui navait pu s'établir un peu régulièrement que dans les hospices du Saint-Esprit de Lyon et de Marseille'. Les Filles de mademoiselle Legras, en devenant les tantes de ces enfants, en assurèrent pour toujours le succès. La vie de l'enfance assurée, Vincent songea à la vieillesse, et, avec l'aide d'un donateur charitable, « connu de Dieu seul et de M. Vincent, » qui versa entre ses mains 130,000 livres,
1. Voir une curieuse brochure de M. Desnoyers, secrétaire de la Société d'hisioire de France, les Enfants trouvés avant saint Vincent de Paul. Nous avons trouvé dans la Correspondance Séguier une touchante lettre de mademoiselle Legras au chancelier sur les enfants trouvés.