TOLERANCE RELIGIEUSE
chelle, en 1628; la destruclion des actes et, registres publics qui les concernent depuis la révocation de l'édit de Nantes ; 2« la religion réformée tendant, par sa nature et son origine, à mettre directement l'homme en rapport avec Dieu, sans appeler aussi souvent que dans le catholicisme l'intervention du prêtre, l'effet nécessaire d'un principe semblable devait populariser les œuvres de charité individuelle, faire naître dans chaque protestant le désir de pratiquer l'aumône par lui-même, afin d'accomplir le devoir dans toute son intégrité, et par conséquent laisser peu de traces de cette charité.
Quoi qu'il en soit de ces conjectures, une lettre de saint Vincent de Paul, empruntée aux archives de la Mission, prouve que la situation désolée des protestants les oblige à implorer les aumônes catholiques, et que le gouverneur de Sedan, l'honnête et tolérant Fabert, appuie leur demande auprès de M. Vincent.
« 26 avril 1651, à M. Coglée, missionnaire à Sedan. — Attendant que je puisse communiquer vos lettres aux dames qui assistent les peuples des frontières réunies et savoir d'elles si vous pouvez étendre votre distribution sur les huguenots comme sur les catholiques, je vous dirai que leur première intention a été d'assister seulement ceux qui ne peuvent travailler (malades, languissants, pauvres orphehns ou vieilles gens) ni chercher leur vie, et qui seraient en danger de mourir de faim si on ne les assistait pas. Dès que quelqu'un a assez de forces pour s'occuper, on lui achète quelques outils conformes à sa profession , et on ne lui donne plus rien... Je serai bien aise que ces dames en ordonnent selon que vous le proposez, pour la satisfaction de monsieur le gouverneur, pour lequel je suis plein d'estime, de révérence et de reconnaissance. »
Malheureusement nous n'avons rien trouvé sur la décision des dames de charité'; il est probable qu'elles se
1. Qu'on ne eroic pas qu'il s'agisse ici d'une fin de non-recevoir; dans les 2,000 lettres environ de son fondateur que la Mission possède k Paris,
rendirent aux désirs de leur guide spirituel. Cette lettre, à laquelle sa date donne une grande importance, comme nous le verrons bientôt, montre qu'un changement s'était opéré dans la direction de l'assistance publique, et que, des mains de M. de Bernières et des jansénistes, l'œuvre était passée dans celles de Vincent de Paul et de ses congrégations. Comment avait eu lieu ce changement, c'est ce que nous allons tâcher de faire comprendre.
La polilique à outrance que professait Anne d'Autriche contre la capitale révoltée, la rigueur implacable avec lacjuelle Condé exécutait ses menaces dictées par la colère, les malheurs qui en résultaient pour les pauvres Parisiens affamés et pillés, devaient nécessairement provoquer l'intervention conciliante de Vincent de Paul. Un billet révèle cette diplomatie charitable :
«Madame, Paris s'est merveilleusement réjoui quand il a su que rincomparable bonté du roi et celle de Votre Majesté voulaient que sans empêchement on y apportât du blé ; mais cette joie se trouve suivie d'un peu de tristesse, en ce que les gens de guerre ne laissent pas de venir à troupes enlever les blés, comme je l'ai vu, mais courent sur les propriétaires qui osent en approcher pour faire leur moisson. Je supplie
nous avons rencontré souvent la même recommandation de suivre les volontés des donateurs, et cela quand l'affaire n'avait aucune importance. Nous profitons de cette occasion pour faire amende honorable du reproche d'intolérance que, sur un texte mal compris, nous avions adressé à Vincent de Paul dans notre travail de la Revue de Paris; une étude beaucoup plus sérieuse de l'époque, une sorte de connaissance plus intime du saint, que la lecture de toutes ses lettres inédites nous a donnée, tout nous a convaincu que Vincent, en présence du malheur, ne demandait jamais à quelle religion on appartenait. Aussi ne mettons-nous aucun amour-propre à déclarer que nos critiques de 185G nous paraissent en 18til plus spécieuses que solides, que nous les rétractons sans aucune arrière-pensée ni faux-fuyant, par le seul motif du respect que l'crn doit à la vérité. Nous avons trouvé dans les archives de la Mission une^lettre qui ne laisse aucun doute sui- la haute tolérance du saint, mais nous n'avons point obtenu l'autorisation de la reproduire, et nous ne croyons pas pouvoir prendre la liberté d'en indiquer le sujet.