‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 180 sur 420 · VINCENT DE PAUL SE SUBSTITUE · texte numérisé non relu

VINCENT DE PAUL SE SUBSTITUE

plète deux provinces entière:; : le 7 avril 1661, en effet, M. de Bernières partait pour Issoudun, oîi il était exilé, et où il mourut le 31 juillet 1662. La reconnaissance publique protesta, il est vrai, un instant contre la coupable et incroyable ingratitude du pouvoir : « En un seul jour, dit M. Sainte-Beuve ^ il y eut jusqu'à quatre cents carrosses de gens qui vinrent lui faire leurs adieux; » puis ce fut tout, et une grande iniquité s'accomplit tranquillement, iniquité qui ne crie pas moins contre le gouvernement de Louis XIV que les ruines mêmes de Port-Royal. Nos r^^proches, qu'on ne s'y trompe pas, ne veulent atteindre que la mémoire de Louis XIV et de ses ministres. Le changement de direction fut probablement heureux pour le développement de l'œuvre et le but final, le salul de la France. Dans une société désorganisée, avec un pouvoir en désarroi, au milieu d'une anarchie sanglante, ce qu'il fallait avant tout, c'était une grande organisation complète, et Port-Royal, avec sa petite communauté, ne pouvait la donner. Dès son apparition, Vincent de Paul amenait avec lui deux cadres au grand complet, les prêtres et les frères de la Mission et les Filles de la Charité^ deux corps qui avaient fait leur apprentissage des misères publiques au milieu des épouvanlables désastres de la Lorraine; des hommes qui, de 1636 à 1645, avaient bravé la guerre, la famine et la peste, « dont cette province fut presque toute couverte comme d'un déluge qui semblait la devoir abîmer. » Un seul de ces courageux héros de la charité, le frère Mathieu Renard, avait fait durant ces

1. La nature de notre travail ne nous a permis que de traiter incidemment ce chapitre si beau : la Charité de Port-Uoyal. Nous le demandons à M, Sainte-Beuve pour la troisième édition de sou grand ouvrage sur cette maison.

A L'ŒUVRE JANSÉNISTE ET PARF.EMENTAIRE. 245

neuf années, au milieu des plus grands périls, cinquantetrois fois le voyage de Paris en Lorraine pour porter de l'argent et des secours. Cette expérience des calamités donna aux prêtres de la Mission une supériorité qui fut bientôt hautement reconnue par les autres ordres religieux.

Dès que Vincent eut pris part à l'œuvre, il y apporta son activité, son dévouement habiluels : 16 missionnaires et plusieurs Filles de la Charité partent immédiatement pour la Picardie et la Champagne ; leurs lettres désolées se retrouvent avec les autres dans les Relations.

« De Guise. — Je vous écris de Guise, où la pauvreté, misère ei abandon surpassent tout ce que je vous dirai. Il est mort environ 500 personnes depuis le siège, il y en a autant de malades et languissants dont une partie sont retirés dans des trous et des cavernes, plus propres pour loger des botes que des hommes. On ne sait par où y entrer, ils y sont abandonnés de tout secours, ce qui fait qu'il en meurt tant... C'est encore pis à Ribemont. Tout ce que je vous en puis dire est que je ne crois pas qu'il y ait au monde une plus grande pauvreté. Le nombre des pauvres malades est de 130 dans ce seul lieu ; il en est de môme à Laon, la Fère et autres lieux de Picardie... A Saint-Quentin, il se découvre tous les jours de nouvelles misères, et si grandes, qu'à peine oserais-je les marquer, si elles n'étaient connues de tous ceux qui sont sur les lieux. Il y a plus de 200 malades... Hier, je fus à deux faubourgs, où au lieu de maisons que l'on a fait démolir, il y a environ 25 chaumettes, en chacune desquelles j'ai trouvé deux ou trois malades, en une seule dix ; deux femmes veuves, avec chacune quatre enfants, couchés tous ensemble sur la terre, n'ayant chose quelconque et sans aucun linge. Un autre ecclésiastique, dans sa visite, ayant rencontré plusieurs portes fermées, en a fait faire ouverture et a trouvé que les malades étaient si faibles, qu'ils ne pouvaient ouvrir la porte, n'ayant mangé depuis trois jours, et n'ayant sous eux qu'un peu de paille à demi pourrie; le nombre de ces pauvres est si grand, que sans le secours venu de Paris, lors de l'appréhension du siège, les bourgeois, ne les pouvant nourrir, avaient résolu de les jtter par-dessus les murailles de la ville... Dans le monastère des Filles de Saint-François, au nombre de cinquante, la nécessité est telle qu'elles ne mangent que du pain d'herbe et d'orge, avec des oignons. Il y a plusieurs autres menas-

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