‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 189 sur 420 · DE ROUEN ET DE PARIS · texte numérisé non relu

DE ROUEN ET DE PARIS

pauvres les habits de ceux qui étaient morts, sans les assainir, après les avoir tirés du dépôt infect où ils avaient été entassés pêle-mêle, et dont le nom seul, h pouillerie, inspire l'horreur. L'état du revenu de l'Hôtel-Dieu pour 1640 nous apprend qu'on en vendait annuellement pour 500 livres. Qu'on se ligure combien de misérables haillons, couverts de vermine et recelant dans leurs plis les germes funestes des maladies représente cette somme f En 16ol la vente fut encore plus considérable ; aussi la contagion redoubla-t-elle à Paris en 1652.

La mort sévissait partout. « A Rouen, dit Guy-Patin, qui devait bien être informé comme doyen de la Faculté de médecine de Paris, à Rouen, la peste emporta 4,000 personnes en quinze jours. » Ce fut cette terrible épidémie qui enleva à la France un poëte dont le caractère était encore plus élevé que le talent, l'auteur de Wenceslas et de Saint-Genest : lieutenant-général du roi au bailliage de Dreux, le poëte Rotrou répondait à son frère et à ses amis qui l'exhortaient à fuir le fléau, que son devoir l'enchaînait à son poste. Sa lettre se terminait par ces nobles paroles : « Ce n'est pas que le péril où je me trouve ne soitfort grand, puisqu'au moment où j'écris, les cloches sonnent pour la vingt-deuxième personne qui est morte aujourd'hui; ce sera pour moi quand il plaira à Dieu. » Et peu de jours après il succombait, le 27 juin 1650, dans sa quarante et unième année, au moment où il prenait dans l'art dramatique le premier rang après Corneille. A Paris, lescoups n'étaient pas moins rudes et s'attaquaient à tous: à la datedu6 septembre, dit Guy-Patin, Paris avait perdu vingt-deux médecins et deux étaient très-malades. Quelle brèche énorme dans les rangs d'un corps qui en 1634 comptait cent-un membres, cent-

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