CHAPITRE XII
Réconciliation des deux Frondes. — Délivrance des princes; fuite de Mazarin. — Joie causée par la liberté de Coudé en Guienne et en Bourgogne. — Le bon accord est bientôt détruit par la rivalité du duc d'Orléans et de Condé. — Retraite de ce prince à Saint-Maur; son départ pour le Berri, après la majorité du roi, est le signal d'une nouvelle guerre civile. — Efforts impuissants des missionnaires de saint Vincent de Paul contre la misère en Picardie et en Champagne, — Lettre collective de Fabert et de trois chefs d'armée protestant contre les excès des soldats. — État de la Normandie, de la Bourgogne, du Nivernais, d'Abbeville. — Arrêts inutiles du Parlement pour remédier au mal. — Inondations générales ou année du déluge (l(iol). — Cherté des blés. — Budget de l'Hôtel-Dieu en 1G51.— Plaisirs de la cour,
Mazarin, vainqueur à Bordeaux, n'était pas moins heureux dans le Nord. L'héroïque défense du gouverneur de Mouzon pendant quarante jours lut le salut du ministre; fatigué de ce long siège , l'archiduc Léopold voulut prendre ses quartiers d'hiver en Belgique, ne laissant à Turenne qu'un gros corps de cavalerie et d'infanterie. Rethel était le poste avancé du rebelle français. Mazarin, avec son armée de Guienne, vient renforcer les troupes de du Plessis et assiège Rethel. Au bout de quatre jours, la ville se rend avant que Turenne ait pu remuer ses lourds alliés, et, par une nouvelle faveur insolente de la Fortune, deux jours après, du Plessis battait l'armée du célèbre guerrier, qui s'enfuyait jusqu'à Bar-le-Duc.
27/. IRÉCONCILIATION
Aussi Mazarin, loin de relâcher les prisonniers, les avait envoyés au Havre pour les mettre à l'abri d'un coup de main. Après la victoire de Rethel, il crut n'avoir plus besoin des chefs delà Fronde, qui lui avaient fidèlement maintenu Paris tranquille pendant son expédition de Bordeaux, et refuse à Gondy le prix de l'alliance, le chapeau de cardinal tant souhaité. Le Parlement, séduit par l'adresse du Coadjuteur, se ressouvint tardivement de la déclaration d'octobre au sujet de la liberté des individus, et parla sévèrement de la « politique infortunée du ministre, cause de tous les maux ^ » De son côté, pour se venger, Mazarin compara, dans l'intimité, le Parlement de Paris au Parlement d'Angleterre, et les principaux frondeurs aux Cromwellet aux Fairfax. Gaston d'Orléans répondit aigrement à ces insinuations; alors « la reine, violente d'elle-même, dit M. Michelet, et violente de servilité pour son heureux vainqueur, folle de son laurier de Rethel, met, selon ses habitudes, les ongles au nez de Monsieur, qui se sauve éperdu, jurant qu'il ne remettra jamais les pieds chez cette furie » (31 janvier 1651*).
1. « En comparant les malheurs qui sont arrivés depuis le 18 janvier 1650 avec la conduite précédente des affaires, il est facile de porter un jugement sur cette politique infortunée, cause de tous nos maux. Depuis ce jour fatal, nous n'avons eu que divisions d'esprit, guerres civiles et déchet à l'autorité... Votre Parlement a cru que dans une occasion si importante, la postérité lui reprocherait avec justice d'avoir dénié son intercession aux plaintes de deux princes du sang et du gouverneur de Normandie, et de n'avoir pas pris connaissance de leur emprisonnement, qui semble destiné à être perpétuel et prive la France da secours qu'elle devait espérer et attendre de leurs services et de leur courage... Les pierres qui les renferment sont capables d'élever leurs plaintes si haut qu'elles seront entendues dans toutes les provinces. Si cette détention avait pour motif un secret d'État et un mystère, nous gaixlerions le silence, mais la lettre de cachet envoyée à toutes les compagnies au moment de leur emprisonnement ne les accuse que île choses légères, les justifie de toutes sortes de crimes et portu témoignage de leur innocence. » Discours du premier président Mole (20 janvier 1G51). Baranle,