JOIE EN BOURGOGNE
sa cour. Le Parlement informa sur celte affaire, dont le mystère n'a jamais été éclairci'.
On comprend qu'en Bourgogne la joie de la délivrance alla chez les partisans du prince jusqu'à l'oubli du devoir. A Saint-Etienne de Dijon, lors du Te Deum chanté en réjouissance de cet événement, on supprima i'Exaudiat^ la prière pour le roi ; pendant ce temps un mannequin de paille représentant la Fronde était enterré devant l'église, couvert de toutes sortes d'immondices, après avoir été traîné processionnellement par un cortège de femmes. Bouchu avait fait prendre les armes à ses amis et était descendu dans la rue avec son fils, sa fille et d'autres dames du Parlement, tous parés de rubans Isabelle, couleur de la livrée du prince de Condé. De là, au son des instruments, on s'était porté devant la porte de Millotel, où l'on avait tiré des coups d'arquebuse; aussi intrépide devant l'émeute que sur son siège, l'avocat-gènéral était sorti armé d'une pertuisane, et s'avançant vers les plus audacieux : « Venez, canailles, leur dit-il, vous ne tuerez pas votre maire au coin de son feu. » Ces paroles énergiques firent reculer les plus hardis, et la démonstration s'en prit aux armes du duc de Vendôme, que le fils Bouchu lit détruire partout.
Les mauvais jours semblaient revenus : la milice licenciée s'était reformée d'elle-même et avait rappelé ses anciens officiers; le désordre était tel que l'intendant de la province, Laisné de la Marguerie, doué cependant d'une certaine fermeté, avait cru devoir prendre la fuite, comme compromis par sa lutte contre le Parlement de Bourgogne, qui entrait en révolte ouverte et imitait le