MISERE DE LA PICARDIE
et autres choses qu'ils trouvaient, en présence de leurs officiers, qui ne faisaient qu'en rire. » Le produit de ces vols était bientôt consommé en orgies qui n'étaient encore pour les habitants qu'une nouvelle occasion souffrance ou de perte, » les officiers et soldats s'amusant journellement à rompre la nuit les meubles, vitres et autres choses des maisons des habitants, qu'ils menaçaient en outre de piller comme Mazarins. »
Le maire de Marie, Duflos, réclamait-il contre ces excès, un capitaine le frappait de deux coups de canne, et Etienne Parent était en danger de périr des coups d'épée donnés par le lieutenant Montai, que nous retrouverons bientôt à Sainte-Menehould et à Rétliel. Les villages sont encore plus malheureux : pillage , viols, prise des bestiaux, habitants laissés nus en chemise, hommes, femmes, enfants, par toute saison. Ecoutons pour Ribemont le récit de notre bénédictin, dom Furcy Baurin :
« En 18 jours de séjour l'armée royale ruine tant les blés que la prairie, toutes les maisons des faubourgs, une partie de celles de la ville et presque tous les lieux réguliers , les chaises du chœur et les vitres de l'église de l'abbaye, partie pour en composer les camps, le reste réduit en cendres par la malice des soldats. La campagne était occupée par eux et en faisaient leur propre; le vol était tout commun, passant pour des actions généreuses et pour des avantages de la petite guerre, les violences et les meurtres sans supplice, enfin ce lieu était abandonné de ses habitants, afin d'éviter les insolences et les cruautés des gens de guerre, et c'était pour lors que Ribemont avait sujet de pleurer, son malheur n'ayant jamais expérimenté tels désordres. »
Les manuscrits de Champagne sont remplis de récits aussi tristes; ils donnent des détails assez curieux sur la maladie que la science actuelle de la médecine pourrait contrôler peut-être.
« La mortalité ne diminue pas. On observa qu'il périssait beaucoup plus de personnes depuis 3o jusqu'à 50 ans, que d'un autre âge. La maladie commençait par de grands maux de tête, accompagnés de flux de ventre et de fièvre; elle se faisait ressentir plus communément dans les quartiers où l'armée avait campé. Aussi mourut-on beaucoup plus sur