‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 224 sur 420 · MISERE DE LA CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

MISERE DE LA CHAMPAGNE

que connaissance de la guerre, ayant porté les armes dans sa jeunesse ; hardi et très-propre aux coups de main, il se faisait appeler parmi les siens le capitaine Mâchefer. Les soldats le redoutaient, et la noblesse du pays s'en servait dc!S qu'elle était menacée d'être pillée. II savait se placer avantageusement sur les passages et au coin des bois, d'où il faisait des sorties et des décharges sur les voleurs, qu'on assommait dès qu'ils tombaient entre ses mains, car il ne faisait aucun qu;irtier. »

Ue si beaux commencements eurent une triste tin, tant l'exemple du mal était pernicieux à celte triste époque. Ce capitaine, dont la brigade était devenue redoutable, s'accoutuma lui-même aux vols et aux meurtres, et au lieu de continuer à défendre le pays, il tint les grands chemins, pillant et assassinant. Les paysans commandés pour l'arrêter le prirent au dépourvu dans son lit, et l'amenèrent dans les prisons de la ville; lui et son neveu, surnommé Ronge-meules^ âgé d'environ dix-huit ans, furent pendus; leurs corps, attachés avec une chaîne de fer à deux gibets et exposés sur les grands chemins.

Dès le mois dejuin, Souyn, bailli de Reims, et quelques autres avaient été députés vers la reine pour la supplier de faire sortir les troupes du pays ou de donner des ordres sévères contre le brigandage. Audry, lieutenant-général, écrivait des lettres qui contenaient, en forme de journal, les excès qu'elles commettaient dans le pays : on les imprima à Paris afm de les distribuer au Conseil; comme toutes les autres tentatives, ce fut encore inutilement.

« A la suite de tant de souffrances, la dyssenterie vint encore nous

affliger en septembre. Un froid extraordinaire saisissait les extrémités

î «B*a" ^^ ce\xx qui étaient attaqués, mais ils avaient jusqu'au dernier instant

^' ' l'usage de leur raison. La misère était excessive parmi nous; le seigle

r r f j, était toujours à 12 livres, l'orge à 10 livres, et les autres grains à pro-

,w>-^ •«« ' portion. La ville avait à sa charge un nombre infini de pauvres enfants

de la campagne dont les parents avaient péri dans la mortalité, et la

j - «fâ P'"s grande partie de nos villages étaient déserts, ou démolis, ou brû-

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