CORRESPONDANCE DE CONDE
de madame de Loiigueville l'emporta. Condé tira l'épée du fourreau en jurant qu'il serait le dernier à la remettre : immédiatement il fait partir vers Madrid, pour solliciter les secours de l'Espagne, son habile conseiller Lenel ; son frère et sa sœur eurent ordre de se maintenir en Berri ; quant à lui, il court à son gouvernement de Guienne. La harangue qu'à son arrivée il adressa au Parlement de Bordeaux fut des plus habiles:
« Messieurs, les obligations que j'ai k cette illustre compagnie sont si grandes, que je n'ai point de paroles pour exprimer la reconnaissance que j'en ai; mais j'espère que ce que je ferai dans la province pour son soulagement et pour maintenir l'autorité de la Compagnie me donnera le pouvoir d'en marquer ma reconnaissance beaucoup mieux que mes paroles; et comme elle a eu la bonté d'employer sa vie et son bien ])0ur procurer ma liberté, je lui proteste aussi d'employer cette môme liberté, mon crédit et ma vie pour sa conservation, pour le soulagement et le repos de cette province ^ »
Dès le lendemain un arrêt déclarait unis les intérêts du prince à ceux de la Compagnie; en môme temps on prenait l'engagement de solliciter le duc d'Orléans et les Parlements de procurer la réunion de la maison royale, si nécessaire au service de Sa Majesté et de la tranquillité publique, et quinze jours plus tard des remontrances
1. Il nous a semblé assez curieux de montrer une fois de plus comment s'y prenaient les princes pour entraîner les villes dans leur rébellion; voici la letti'e qu'au début de sa révolte Condé, comme gouverneur de Guienne, écrivait aux consuls de Montauban le 25 septembre 1651 :
« Comme il a plu au roi me commettre au gouvernement de cette province, je vous prie que vous n'ayez qu'à obéir qu'aux ordres de S. M., qui vous seront envoyés par moi seul, sans que vous puissiez en recevoir d'autre personne, quelle qu'elle soit, sous quelque prétexte, charge et emploi que ce puisse être. Et comme j'ai reçu avis certain qu'on devait envoyer dans peu de temps des gens de guerre dans votre ville et aux envn-nns, que vous ayez à leur refuser les portes, et faire armer, s'il est besoin^ les communes pour leur courir sus, s'ils n'avaient ordre exprès de S. M. ou un ordre particulier de moi. »