AU RETOUR DE MAZAIUN
lier des hnlles, le sieur Desmartins, soupçonné d'avoir fait parvenir au Mazarin de l'argent caché dans une charrette à ordures. Émoi du corps des négociants au sujet de cette enquête inquisitoriale, etc'.»
La nouvelle répandue par le duc d'Orléans et qui avait causé un tel émoi était vraie, et, d'après les conseils de Fabert, Mazarin avait levé une petite arniéel La révolte
1. Nous ne pouvons que renouveler notre souhait de voir la publication prochaine de ce journal, si important pour la physionomie de Paris pendant la Fronde. Fabert confirme une partie de ces bruits dans sa curieuse Correspondance : « MM. de Bouillon et de Turenne, qui n'ont jamais paru grands chasseurs, ont fait la Saint-Hubert avec M. d'Orléans à Limours, et depuis ont toujours été avec le fils de M. le premier président, à Champlàtreux. Ou parle entre eux d'un tiers parti... » M. d'Orléans apprenant que Fabert voulait recevoir le cardinal, menace de faire raser la maison que possède à Paris le gouverneur de Sedan. KK, 1072.
2. C'est dans les lettres de F^abert qu'il faudrait aller chercher bien des faits inexpliqués de la Fromle, que la nature de notre travail ne nous permet pas d'aborder : les services qu'il avait rendus à Mazarin, la loyauté bien connue de son car .ctère lui donnaient le doit de tout dire. Voici, au sujet du retour du cardinal, des passages curieux d'une lettre chiffrée qui se trouve aux Archives : « 25 octobre. — M. le maréchal de La Ferté se rendra |iartout où vous lui commanderez pour avoir l'honneur de vous voir... Votre Eminence peut être sûrement à Rocroy^ M. de Montaigut étant homme plein d'honneur... Pour vous parltr de mon métier, j'estimerais beaucoup de vous voir à la tête d'un corps assez considérable pour agir de soi-même. Le licenciement des troupes de Brandebourg et de Neubourg vous donne le moyen d'avoir de très-bons hommes avec peu d'argent. L'on en pourrait trouver encore vers Francfort et Mayence, à quoi joignant ce que vous désirez faire l'hiver en France, et marchant avec tout au secours du roi, serait, à mon avis, une très -belle suite de tant de belles choses faites par vous pour son service. Cela mettrait M. le prince à son dévoir ou du moins ferait que les troupes du roi étant libres pour s'opposer aux Espagnols, ils tireraient peu d'avantages de nos divisions, ce qui pourrait le^ poiter à la paix. Cttte dépense dont avec justice vous seriez remboursé, garantirait l'Etat et vous rétablirait en toute autorité... il est à croire que les peuples que vous auriez obligés ne voudraient pas troubler le repos que vous leur auriez procuré en s'opposant à votre retour à la cour... Si Votre Eminence se veut avancer à Sedan, il sera à propos de le savoir de bonne heure, afin de faire les provisions nécessaires, autrement il y aura de la peine .à les réunir et elles couleraient beaucoup. » Fabert revient à plusieurs reprises sur cette armée, surtout dans une lettre du 19 novembre.
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de Condé avait été pour la cour un heureux prétexte de rappeler l'exilé; le 17 novembre, Louis XIV lui envoyait l'autorisation « de venir au secours du roi. » A cette nouvelle, le Parlement rendit un arrêt contre l'ancien ministre, et des conseillers furent envoyés en Champagne et en Picardie pour signifier aux chefs d'armée et aux gouverneurs des places de ne point livrer passage h Mazarin ni à ses troupes. Mais les foudres impuissants du Parlement ne pouvaient arrêter le cardinal : le 24 décembre, sa petite armée de 6,000 hommes, l'écharpe verte au vent, entrait en France et était parfaitement reçue à Sedan par Fabert.
De Sedan, Mazarin ne trouvait plus devant lui que des gouverneurs et des chefs d'armée qui étaient ses créatures, et dont quatre avaient été faits par lui maréchaux de France. Déjà des pourparlers sérieux étaient engagés avec d'autres chefs militaires du premier mérite. La correspondance de Mazarin et de l'abbé Fouquet nous donne à ce sujet les plus précieux détails sur les relations du cardinal avec Turenne, dès le lendemain même de son entrée en France, le 26 décembre.
« Pour M. de Turenne , il sait l'estime et la tendresse que j'ai eue pour lui... Je suis toujours le mûme, nonobstant tout ce qui s'est passé, l'affection que j'avais pour lui ayant jeté de trop profondes racines pour pouvoir être arrachée par de semblables accidents. J'ai écrit déjà fortement à la cour pour qu'on trouve moyen de ne pas laisser inutile un homme de sa considération, et j'espère qu'il sera satisfait sur ce pointlà... Il est injuste de se plaindre de ce que j'ai préféré d'autres à lui pour le commandement des troupes qui m'accompagnent; il peut bien croire que j'aurais tenu à beaucoup d'honneur et d'avantage qu'il eût voulu venir, ainsi que je l'en aurais conjuré, si j'avais cru qu'il en eût eu la moindre pensée. J'ai cru que ce serait imprudence de m'adresseï pour une affaire de cette nature à une personne avec qui je n'avais encore aucune liaison. Du reste, il voit l'état où je suis;'si ma fortune devient meilleure, j'ose répondre qu'il s'en ressentira, étant résolu de
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cliercher toutes les occasions de faire quelque chose de solide pour lui, et l'obliger par ce moyen à être de mes amis sans aucune réserve. »
« Si mon retour devait produire les maux que croit M. le coadjuteur, je ne songerais jamais à rentrer en France, mais j'espère qu'il n'en arrivera pas ainsi, et vous lui pourrez insinuer que s'il était vrai que ma perte fût inévitable , comme il le pense apparemment , il n'y trouverait pas son compte.
Loin de rencontrer des obstacles, l'armée de Mazarin se fortifiait de tous les chefs qu'elle rencontrail: La Ferté- Senneterre*, d'Hocquincouri, de Grancey, de Navailles, de Broglie, de Feuquières, Manicamp, etc. A la vue de ces progrès rapides, le 29 décembre, le Parlement fulmine le décret le plus fougueux contre Mazarin : « Le cardinal et ses adhérents, ayant contrevenu aux défenses du G septembre, avaient encouru les peines prononcées contre les criminels de lèse-majesté et les perturbateurs du repos public, il leur sera couru sus parles communes; les maires et échevins des villes s'opposeront à leur passage; les meubles et la bibliothèque du cardinal seront vendus, et, sur le produit de la vente, une somme de 130,000 livres sera allouée à qui le livrerait mort ou vif.»
1. L'avarice de ce maréchal était proverbiale, et chaque jour il en donnait les preuves les plus éclatantes : « La ville de Nancy lui offrait-elle une bourse de jetons d'or où se trouvait l'image de la ville, le gouverneur demandait qu'on lui fit des jetons plus gros, afin de reconaitre plus aisément Nancy, une si petite empreinte ne pouvant convenir à une si grande ville. » A son entrée à Metz, la synagogue juive demanda à lui présenter ses hommages : « Je ne veux pas voir ces marauds-là, dit de La Ferté en colère, ce sont eux qui ont fait mourir mon maître. » On lui représente alors qu'ils apportaient un présent de 4,000 pistoles : « Faitesles entrer, reprend l'avide maréclial; après tout, ils ne le connaissaient pas quand ils l'ont crucifié. » Tous les Mémoires contemporains, et surtout ceux (lu marquis de Beauveau, parlent de son avarice. Il est juste de dire qu'il rachetait son avidité par sa servilité. Nous avons vu de lui aux Archives une lettre du 7 novembre 1G52, où il déclare qu'il est et restera jusqu'au dernier soupir le « second des francs Maznrins, parce que S, Ém. Mazarin est le premier. »