MADEMOISELLE DE MONTPENSIER
étant trop voisine et Mole parlementant au nom de la cour; qu'on l'introduirait volontiers après le départ du roi. La patience n'était pas dans la nature de la princesse; d'ailleurs elle se trouvait excitée par une prédiction d'un marquis de Vilène, qui lui avait annoncé que tout ce qu'elle entreprendrait du 27 mars au vendredi suivant lui réussirait, et que dans cet intervalle de temps elle ferait des choses extraordinaires. Mademoiselle se dirige vers le quai, où se trouvaient un grand nombre de bateliers; ses discours, ses largesses (150 pistoles), lui gagnent ces hommes : aussitôt à l'œuvre, ils démolissent une porte murée el introduisent la princesse par la brèche ' pendant que les magistrats à l'hôtel de ville, contents d'avoir la main forcée, s'occupaient à délibérer. L'heureuse aventurière commence sa marche triomphale, soutenue sur une chaise de bois par deux portefaix. Elle était montée au faîte de son orgueil, mais un mot de la reine l'en fit descendre : instruite par son valet de chambre La Porte, qui avait . u un entretien avec Mademoiselle, des prétentions de la fille de Gaston à la main de Louis XIV, Anne d'Autriche répondit par une de ces boutades triviales mais énergiques, que lui suggérait la colère : « Oh ! ce n'est pas pour son nez, quoiqu'il soit bien long. »
Si le triomphe de Mademoiselle ne dépassa pas l'enceinte d'Orléans, il y fut du moins complet : amenée par son escorte jusqu'à l'hôtel de ville. Mademoiselle se trouva maîtresse absolue dans la ville, à condition de ne pas y introduire de troupes-,
1. « Pour y parvenir, je songeai à prendre le bon chemin; je grimpa comme un cliat; je me prenais aux ronces et aux épines, et je sautai toutes les liaies.» Mém. de mademoiselle de Mo«^/je/mer, édit. Cbéruel.
2. On comprend que dans une époque chansonnière comme la Fronde,