S'EMPARE D'ORLÉANS
maréchal d'Étampes; Gaston, par les conseils de sa femme et du Coadjuteur, envoie sa fille, qui partit « en habit gris tout couvert d'or, » emportant pour toute instruction d'empêcher, quoi qu'il arrivât, les troupes du duc de passer la Loire, pour aller, ainsi que le désirait Nemours, secourir Montrond et forlitîer Coudé en Guienne.
C'est dans les mémoires de l'époque, et surtout dans ceux de Mademoiselle, qu'il faudrait lire ce curieux épisode : fille hardie d'un père timide, Mademoiselle voulut avoir sa page héroïque dans cette folle épopée, à côté de madame de Longueville et de la princesse de Gondé. Un autre motif la poussait encore : déjà âgée de 2o ans, elle commençait à se fatiguer de sa position de vieille fille, et espérait conquérir un mari à la pointe de son épée. Se souvenant du mot d'Anne d'Autriche au moment de la naissance du roi : « C'est ton petit mari, » elle portait sur Louis XIV ses vues ambitieuses, quoiqu'elle eût onze ans de plus que le jeune monarque. Elle crut d'une bonne politique de commencer par se montrer une adversaire redoutable, comptant bien ainsi imposer son mariage comme une des conditions du futur traité de paix ; si par hasard le roi échappait à ses filets, restait Gondé, dont la femme, d'une très-mauvaise santé, se remettait difficilement d'une couche faite à Bordeaux. M. le prince ne pouvait payer l'appui qu'on lui prêtait qu'en épousant l'hér-oïne, si riche d'ailleurs; Mademoiselle avait donc au moins chance d'un mari sur deux. Guidée par ces divers motifs, la grande Mademoiselle avec ses maréchales de camp, les deux comtesses de Fiesque et de Frontenac toutes trois en amazones, se présentèrent devant Orléans. Au grand étonnement de Mademoiselle, un envoyé vint lui dire qu'on ne pouvait la recevoir, l'armée royale