ARRIVÉE DE CONDÉ A PARIS
sa lettre du 23 février, au sujet de M. de Nemours et des troupes qu'il amenait; c'était au gouverneur, le maréchal de l'Hôpital, ou au prévôt des marchands qu'il s'adressait pour ses communications officielles avec les habitants de Paris, Le Parlement n'était guère mieux avec les princes, pour avoir essayé de s'opposer à l'entrée des officiers espagnols, flamands ou lorrains venus avec Nemours, et en l'honneur desquels la Fronde aristocratique prolongeait la foire de Saint-Germain et dansait au Luxembourg. Livré à lui-même, le Parlement s'occupait des moyens d'assurer le payement des rentes de l'hôtel de ville, qui menaçait d'être de nouveau interrompu par suite du retour de la guerre aux environs de Paris, et rappelait que, suivant la parole donnée par le maréchal de l'Hôpital, au nom du roi, et par le duc d'Orléans au nom de ses propres troupes, il ne pouvait être logé gens de guerre à dix lieues autour de Paris, enfin envoyait une députation au roi contre le cardinal Mazarin, à l'exemple du Parlement de Toulouse (31 mars).
Le prince de Condé arriva à Paris dans ces circonstances. Le duc d'Orléans aurait bien voulu l'empêcher de rentrer, mais une espèce d'émeute que fomentent Cliavigny et les partisans du prince, livre Gaston tout entier à Condé : il lui fait une brillante réception, et dès le lendemain, le présente au Parlement. Condé remercie l'assemblée d'avoir suspendu l'effet de la déclaration publiée contre lui, et se déclare prêt à poser les armes dès que Mazarin serait hors de France. Les présidents, qui déjà avaient fait pendre le chef de l'émeute, auraient vivement désiré que le prince ne vînt pas prendre sa place; mais à défaut de conclusions des gens du roi, force fut au Parlement de lui donner place. Le président Bailleul,
342 LA COUR S'INQUITEÉ
qui remplaçait Mole pendant son absence, tout en assurant le prince que le Parlement tenait à honneur de le voir siéger dans son sein, lui dit que la Compagnie eût souhaité ne pas le voir « dans le sanctuaire de la justice en l'état oîi il se trouvait, condamné par une délibération et les mains encore sanglantes des combats livrés contre Sa Majesté. » A la cour des aides, le premier président Amelot et le procureur général Fouquet furent encore plus sévères pour M. le prince.
Une circonstance vint améliorer les affaires de Condé : la députation envoyée à la cour avait été malmenée par le roi, qui n'avait pas voulu en écouter les remontrances; celte conduite fut attribuée à Mazarin. Aussi la haine que l'on portait au ministre l'emporta sur l'aversion qu'inspirait le vainqueur de Bléneau, escorté de la guorre civile; on ne vit plus en lui que l'irréconciliable ennemi de Mazarin venant s'opposer à son retour. Le Parlement se rapprocha des princes, et, d'accord avec les autres cours souveraines et l'hôtel de ville, supplia le roi de venir au plus tôt dans Paris, d'exclure le caidinal du conseil et du royaume, et enfin de donner la paix à tous ses sujets : une restriction importante était cependant mise h ce traité, l'assemblée de l'hôtel de ville du 20 avril ayant décidé que, « pour quelque cause que ce pût être, on ne ferait union ni l'on ne fournirait deniers pour assister MM. les princes contre le roi sous prétexte de Mazarin*.»
La nouvelle du retour de Condé inquiétait vivement la cour, une lettre inédite de Mazarin à l'abbé Fouquet le prouve :
1. Voir une pièce rare et curieuse Avis à MM. les notables convoqués à présent en assemblée à l'hôtel de ville pour l'expulsion du Mazarin, 1652, 16 pages. L'auteur y établit, par un calcul très-serré, que la guerre doit coûter aux Parisiens 1,560,000 livres par mois.
nu RETOUR DE CONnÉ. 343
« Gien, 6 avril. — LL. MM. n'ont pas approuvé le consentement que l'on a donné que M. le prince pût venir à Paris pour 24 heures, ce temps étant plus que suffisant pour émouvoir une sédition dans la ville et y mettre les choses en état qu'au lieu d'être obligé de s'en retirer, il eût le pouvoir de faire sortir ceux que bon lui semblerait. Cela paraît assez par le tumulte qu'ont causé les placards que l'on a affichés et la distribution d'argent qu'on a faito à la canaille, et on peut même juger de là ce que M. le prince pourrait faire y étant en personne, et jetant de l'argent en plus grande abondance. Il faut que le maréchal de l'Hôpital et lo prévôt des marchands cessent tout commerce avec S. A. R. et fassent prendre les armes aux bons serviteurs du roi, que le cardinal de Retz fasse prêcher et oblige ses amis à parler, en sorte que les bourgeois connaissent la vérité de ce qui se passe... Cette crainte du peuple de Paris embarrassera fort M. le duc d'Orléans, et si, en môme temps on lui montre le moyen de faire son accommodement avec la cour avec réputation et sûreté, je crois qu'il en goûtera la proposition avec joie, malgré les conseils de Chavigny qui lui fait croire que M. le prince, maître de l'armée, s'accommodera de son côté fort avantageusement avec la cour, s'il ne peut compter sur l'assistance et l'amitié de S. A. R. ; mais il faut l'accord du cardinal de Retz avec M. de l'Hôpital et le prévôt pour faire le coup dans l'esprit de S. A. R... Il ne faut pas s'endormir, car le temps presse : M. de Chavigny avec ses adhérents gagne pays furieusement, et avec l'assistance de M. le prince, viendra à bout de tout... 11 serait bon de faire afficher des placards contre M. le prince qui disent particulièrement qu'il veut empêcher le retour du roi à Paris, et jeter les habitans dans une dernière ruine; s'il est môme nécessaire de distribuer quelque argent, je vous prie de le faire. »
Dans une autre lettre du 14 avril, Mazarin donne la substance de ces placards : c'était lancer un trait à Condé en pleine poitrine :
« Rien ne peut plus contribuer à la ruine de Paris que d'y recevoir le prince, qui empêchera le roi d'y aller et attirera la guerre à leurs portes; qu'ils doivent considérer comme Condé a traité les Bordelais, auxquels non-seulement il a manqué à la parole qu'il leur avait donnée que la Guienne ne serait point le théâtre de la guerre; mais lorsqu'il a vu que le comte d'Harcourt était proche de Bordeaux, il les a abandonnés, et s'en est venu pour tâcher de remettre ses affaires en rangeant de son côté Paris, qui doit attendre un pareil traitement. »