‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 263 sur 420 · LES RELATIONS ET LES LETTRES · texte numérisé non relu

LES RELATIONS ET LES LETTRES

Ces ordres répondaient aux sentiments du Parlement, des notables de l'hôtel de ville et de la bourgeoisie : Condé s'aperçut bientôt qu'il ne pouvait compter sur Paris. La persuasion ayant échoué, il résolut d'avoir recours à la violence et à la terreur, de soulever la populace contre les magistrats et les bourgeois, et d'établir son autorité dans Paris par les moyens qui avaient affermi dans Bordeaux celle de Conti et de madame de Longueville. Il comptait trouver un puissant auxiliaire dans l'affreuse misère qui régnait à Paris; les Relations, qui jusqu'alors n'avaient parlé que de la Picardie et de la Champagne, commencent à signaler à la pitié publique la détresse de la capitale aussi bien que celle des provinces. La première commence aux mois de mars et d'avril 1652 :

« De loin, dit-elle, on pouvait nier pour excuser la dureté de son cœur; mais enfin il ne faut plus chercher d'excuses. Les pauvres de nos faubourgs qui languissent de faim depuis quelques mois, ce nombre infini de réfugiés que l'approche des armées chasse de la campagne frappe nos regards, et leur voix retentit de tous côtés à nos oreilles. La désolation de nos villages est assez publique pour n'avoir plus besoin d'être annoncée. Il est temps de se réveiller du sommeil, puisque Dieu frappe à nos portes par une inondation de gens de guerre. Il se faut préparer aux mêmes fléaux dont les autres provinces ont été affligées. Nous ne pouvons détourner ce malheur que par un dernier effort, en soulageant par nos aumônes ceux qui sont chez nous et auprès de nous, et les continuant tout autant qu'il plaise à Dieu nous en donner les moyens pour ceux qui ne peuvent vivre que par nous. »

Dans les faubourgs Saint-Marcel, Sainl-Jacques, Saint- Denis, Saint-Laurent, Saint-Martin et la Villeneuve sur Gravois (quartier Bourbon-Villeneuve et Montorgueil), environ 12,000 familles de pauvres honteux réduits à la dernière extrémité sans parler des mendiants. . . A Saint- Médard, plus de 1,800 familles d'artisans dans une extrême nécessité « qui ne reçoivent rien, faute d'argent.»

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