MISÈRE DE LA BOURGOGNE
et ils dénoncent tous la même grandeur du mal. C'est encore à une enquête que nous aurons recours. Le 23 juin 1643, les élus de Bourgogne écrivaient au prince de Gondé, leur gouverneur, que les guerres, la contagion, la famine avaient tout changé; que la population était considérablement diminuée, errante el insaisissable; qu'un grand nombre de villages étaient saccagés, brûlés et déserts; qu'il y avait aux impositions des non- valeurs pour plus d'un cinquième, qu'on était forcé de rejeter le déticitsur les habitants restés, mais qu'attendu les grandes et fréquentes impositions, cette charges était accablante : l'impôt dépassait Imit fois celui des temps antérieurs.
Le roi autorisa l'enquête, et le 10 septembre les représentants du pays se le partagèrent pour le visiter. Le maire de Dijon et Jacques Comeau, lieutenant général es bailliage et chancellerie de Dijon S élu des États de Bourgogne, commencèrent en septembre 1644 une touinée qui ne fut achevée qu'en juin 1646. Les inspecteurs faisaient comparaître les échevins, les procureurs, les receveurs, qui juraient de dire la vérité, prenaient le rôle des dernières impositions, puis vérifiaient de pot en pot, c'est-à-dire de maison en maison, l'exactitude des registres publics et des dépositions piivées, contrôlant le tout par une visite au curé et une contre-enquête dans les villages voisins, puis faisaient leurs procès-verbnux. M. Rossignol les a publiés en deux cent quarante pages. Nous nous bornerons à en extraire deux passages; pour mieux
1. Le bailliage de Dijon a/irès la bataille de Rocroy, procès-verbaux de la visite des feux publiés par Rossignol, archiviste de la Côte-d'Or (1837), honoré d'une mention de l'Académie des inscriptions et belleslettres. — Ce curieux travail est trop peu connu, n'ayant été tiré qu'à 100 exemplaires. La Bibliothèque impériale de Paris en conserve un dans la Réserve, c'est presque de l'inédit.