SITUATION SINGULIÈRE
de Bourgogne, le reste était composé de déserteurs qui avaient quitté le service royal, et « de gens de métiei-, compagnons de boutique ou filous. » Il fallait toute la réputation de Condé, le courage et l'attachement de ses lieutenants, pour faire une espèce d'armée de ce ramassis; l'armée royale, au contraire, était formée de vieux soldats commandés par des officiers expérimentés. Le parti des princes avait donc absolument besoin d'alliés : on n'eût pas osé devant le Parlement parler d'un secours d'Espagnols; le duc Charles de Lorraine semblait créé à souhait pour la situation. Depuis la conquête de son duché par Louis XllI, le prince menait, avec 8,000 hommes, une véritable existence de condottiere au service de l'Espagne, mai? la servant mal parce qu'il en était mal payé. Doué d'une conscience accommodante*, il traitait avec tous les partis : déjà depuis le commencement des troubles, il avait fait diverses tentatives de négociations pour recouvrer son patrimoine en échange de ses services. Le remarquable ouvrage de M. d'Haussonville renferme une correspondance curieuse entre Anne d'Autriche et le duc, mi-coquette et sentimentale d'un côté, mi-galanle et chevaleresque de l'autre Mais les deux correspondants cherchent à se séduire et presque à se tromper par leurs belles phrase^ et leurs douces protesta lions^; au milieu de ce galimatias précieux, ni l'un ni
1. Le duc n'était pas plus honnête en affection qu'en affaires : il courait d'épouse en épouse, comme les autres volent de maîtresse en maîtresse; il était en ce moment marié à la fois avec la duchesse Nicole et avec madame Cantecroix.
2. Mazarin se crut même obligé d'en avoir de la jalousie ou du moins feignit d'en éprouver. Voir les Lettres du cardinal à la reine, édition de M. Ravenel, p. 448. « Il semble que 76 (le duc de Lorraine) a beaucoup d'amitié pour 22 (la reine), et je sais que 56 (Mazarin) craint d'être obligé d'en avoir jalousie... »