‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 269 sur 420 · PRISE ET REPRISE · texte numérisé non relu

PRISE ET REPRISE

suite sur le faubourg du Sud, taille en pièces le corps des Espagnols, lue ou prend environ 3,000 ennemis « avec de très-amples et riches dépouilles. » L'ardeur du pillage, qui entraînait les troupes royales, faillit compromettre le succès de la journée; Turenne eut la plus grande peine à faire sortir ses soldats des maisons qu'ils dévalisaient. Cette journée valut au vainqueur la confiance de Mazarin, qui le nomma seul chef de l'armée royale et renvoya d'Hocquincourt dans son gouvernement de Péronne. Libre de ses mouvements, Turenne va s'établir à Elréchy, puis à Palaiseau, et fait occuper Saint-Denis.

L'inquiétude est au comble dans Pans : on ferme les boutiques, le peuple se répand dans les rues en criant : La paix ou la- guerre l nous ne voulons plus languir ainsi! on insulte d'une même voix Mazarin, Parlement, hôtel de ville et princes. Condé changea de visage en entendant les paroles injurieuses prononcées contre lui, quand il traversait la foule pour se rendre au palais (10 mai). Il fallait se relever : le lendemain on apprend qu'une partie des troupes du roi, cantonnées à Saint- Germain, viennent pour s'emparer du pont de Saint- Cloud. Condé alors, après avoir aveiti le Parlement, monte à cheval avec les gentilshommes qui lui soni attachés en criant : « Qui m'aime me suive. Allons b.itlre lesMazarinsI » 10,000 bourgeois se joignent à luietàM.de Beaufort pour aller défendre le pont, mais déjà la garnison de Saint-Cloud avait repoussé l'attaque. Condé, ne veut pas rentrer sans avoir fait quelque exploit i]ui flatte les Parisiens et montre en môme temps à la cour rautorité dont il jouit sur les bourgeois, qu'il peut mener à son gré aux coiiir)ats; il tourne vers Saint-Denis et l'emporte eut- les 300 Suisses du roi, qu'il emmène pri-

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sonniers à Paris. Mais le lendemain même Saint-Denis était repris par les troupes royales aidées des habitants, que le pillage des partisans de Gondé avait effrayés '.

Cependant Mazarin s'aperçut bientôt qn'oii était dans une mauvaise voie, que la violation du traité conclu pour la sauvegarde des environs de Paris ne faisait qu'irriter ses ennemis, et qu'en laissant la violence au parti des princes, la crainte des excès de la canaille lui ouvrirait mieux les portes de la ville que ses propres troupes. Il renouvelle la convention protectrice de la capitale, et immédiatement la course porte de Saint-Germain à Gorbeil et à Melun, tandis que Turenne, dont l'armée s'était fortifiée de milices venues des frontières, entreprenait le siège d'Étampes, qui renfermait toutes les forces de Gondé en deçà de la Loire. Tavannes, comprenant l'importance de cette place, n'avait reculé devant aucune mesure énergique : tous les édifices près des murs avaient été rasés, les faubourgs incendiés à deux reprises pour ne pas offrir le moindre abri à l'armée royale; et les habitants, môme les plus notables, travaillaient à terrasser les murailles, à faire des retranchements, corvées dont on ne pouvait se racheter qu'à force d'argent.

Les affaires de Saint-Gloud et de Saint-Denis avaient montré à Gondé quelle estime il pouvait faire de ses alliés les Parisiens : en réalité il manquait de soldats; à part quelques bonnes troupes des régiments de Languedoc ou

1. MM. Leroux de Lincy el Douët d'Arcq ont trouvé aux Archives un manuscrit curieux : Extrait du livre des choses mémorables de l'abbaye de Saint-Denis pour l'année 1649 et suivantes, qui donne les détails les plus précis sur cette double affaire de Saint-Denis, les dangers que courut la royale abbaye, où il y eut deux fois commencement d'incendie, et les outrages et violences qu'éprouvèrent habitants et religieux, etc., ils l'ont publié à la fin des Registres de l'hôtel de ville de Paris pendant la Fronde, t. 111, p. 336-403.

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