COMBAT
L'Hôpital qu'on tînt les portes de la ville fermées à l'armée de Condé.
Avant que le prince eût pu exécuter son mouvement, son arrière-garde était attaquée par l'avant-garde de Turenne à la hauteur du faubourg Saint-Antoine, près de la porte du même nom (place de la Bastille); heureusement pour lui, Condé trouv;i des barricades élevées, un mois auparavant, par les Parisiens contre les troupes pillardes du Lorrain, et les utilisa comme un camp retranché. Forcé de combattre par l'impatience et les défiances de la cour, qui était venue se poster à Gharonne, Turcnne, sans artillerie et sans La Ferté, rencontra une terrible résistance; Condé se mullipliait au point « de paraître mille Condé. » Le combat, à chaque instant, pienait plus d'importance; déjà six pièces de canon arrivaient à Condé et de Beaufort lui conduisait un petit renfort de volontaires parisiens. La fatigue, par cette chaleur excessive (2 juillet), amena une sorte de trêve entre les deux armées. Pendant ce temps, La Ferté était venu rejoindre Turenne; à la reprise des hostilités, l'armée de la Fronde semblait perdue, lorsque tout à coup la porte Saint-Antoine s'ouvrit pour recevoir les débris des troupes du prince, et le canon de la Bastille, résonnant au même instant, arrêta la marche victorieuse de l'armée royale.
Ce coup de canon, que Mademoiselle avait fait tirer, « tuait son mari. » Irritée de l'inaction dans laquelle restait son père le duc d'Orléans, qui feignait d'être malade pendant que Condé le supphait de venir à son secours, ou du moins de lui ouvrir la ville, Mademoiselle arrache enfin un ordre vague, l'autorisant à faire ce qui serait nécessaire. Munie de ce plein pouvoir, elle ob-
DU FAUBOURG SAINT-ANTOINR. ui
tient de l'assemblée de l'hôtel de ville l'ordre de faire marcher 2,000 hommes de milice au secours de Condé; se fait accorder par le Qls du vii ux Brousse!, gouverneur de la Bastille, la permission de lirer contre l'armée royale les canons de la forteresse, que pointa le conseiller Portail. Par son acte audacieux. Mademoiselle enlevait à Turenne une victoire décisive, ei retardait ainsi la chute de la Fronde.
L'humeur chevaleresque de Mademoiselle et le tendre intérêt qu'elle portait à Condé avaient seuls sauvé ce piince; il ne s'y. trompa point, et vit clairement que Parlement, hôtel de ville et gouvei-neur, .ivaient résisté autant qu'ils avaient pu, que la milice parisienne l'abandonnait en n'ouvrant la porte Saint-Antoine qu'à la suite de prières et de menaces. A la porte Saint-Denis, il avait fallu casser d'un coup de pistolet la lèîe du chef de poste pour que Condé pût continuer sa route. Son entrée n'avait pas contribué à relever ses affaires et son parti : c'était une armée en déroute, avec un long cortège de blessés, qui était venue chercher un asile, et une armée dans laquelle biillait plus d'un étendard rouge de Castille, drapeau qui déshonorait et compromettait la ville; enfin, à la suite de cette armée, se trouvaient de nombreux bagages, dépouilles de toutes nos provinces dévastées. La défiance était telle, à l'égard de ces soldats « pillards et paillards, » qu'on les avait logés entre Saint- Victor et Saint-Marcel, « dans un faubourg muré, gardé par la Seine et la Bièvre. » «L'on pouvait dire, selon l'expression de M. Michelel, qu'ils étaient dans Paris et qu'ils n'y étaient pas. » Condé était obligé de chercher son appui sur le rebut de la population, qui l'avait déjà servi dans la journée du 25 juin contre le Parlement.