‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 299 sur 420 · MADEMOISELLE ET BEAUFORT · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE ET BEAUFORT

A une demande faite en termes aussi pressants par son propre serviteur, Gaston, ému ou effrayé, prie Condé de courir à l'hôtel de ville pour i-emédier au mal : « Monsieur, répond le prince avec indifférence et en ricanant, il n'y a point d'endroit où je n'aille pour votre service; mais je ne suis pas homme de sédition, je n'y entends rien, et je suis fort poltron. Envoyez-y M. de Beaufort, il est connu et aimé du peuple ; il connaît les ressorts qui le font mouvoir, il réussira mieux que moi. » Mailly luimême, cet historien que nous savons si dévoué aux Condés, est obligé d'avouer qu'on regrette d'entendre cette raillerie dans la bouche du prince, pour une circonstance aussi sérieuse. Mademoiselle seule montra quelque pitié. Elle sortit du Luxembourg pour se diriger vers l'hôtel de ville; mais, chemin faisant, elle se laissa distraire ou décourager par les chaînes tendues. Us salves de mousqueterie, et n'arriva pas à la place de Grève '.

Beaufort se montra enfin à l'hôtel de ville. Pendant l'attaque, dit Conrart, il s'était tenu dans la boutique d'un mercier, rue de la Vannerie % avec le marquis de la Boulaye, regardant froidement ce qui se passait. 11 semble cependant qu'on fût allé au delà de sa pensée. « Il de-

1. Peut-on dans une pareille circonstance comprendre ce langage de la princesse: «Je trouvai, dit-elle, madame Leriche, une vendeuse de rubans, en chemise, il avait fait grand chaud ce jour-là, et la nuit était la plus belle qui se puisse voir; elle était avec le bedeau de Saint-Jacques la Boucherie, qu'elle appelait son compère Paquier; il était en caleçon. Cette mascarade me parut assez plaisante; ils se mirent à me faire mille contes en leur patois de francs badauds, qui me firent rire, nonobstant l'embarras où l'on était? » Mém., éd. Chéruel.

3. Joly est d'accord sur le même fait, seulement il indique comme retraite du prince une maison même de la Grève; Mailly le dit aussi, mais sans préciser le lieu; il avoue en même temps qu'après tout ce qu'on sait de la Boulaye, ce grand émeutier de la Fronde, sa présence en cet endroit en ce moment doit être bien suspecte.

SAUVENT LES DERNIÈRES VICTIMES. â97

meura, dit le Registre de l'hôtel de ville, fort ébahi de voir le pillage et la violence des choses en l'état qu'elles étaient, ne croyant pas, comme il s'est éclairci depuis à quelque familier, que cette fureur populaire les dût porter si avant contie leurs magistrats. » Pour demeurer maître de la place, il fit tirer des pièces de vin de l'hôtel de ville et rouler au loin au bout de la Grève où, tandis que la canaille s'enivrait, il fit sortir ceux qu'il voulut ^ Quelque temps après, arriva enfin Mademoiselle, qui était revenue une seconde fois-, après un quart d'heure de conférence avec de Beaufort, conférence qui se passa en discussion sur leur plus ou moins de droits au premier rôle, à tel point qu'il fallut, dit Mailly, que ceux qui les accompagnaient leur fissent sentir l'absurdité et le danger d'un pareil débat. Mademoiselle fit échapper le prévôt des marchands, qui était caché dans une chambrette, à la con.lition de bailler sur-le-champ sa démission de la prévôté des marchands, ce qu'il fit volontiers, et elle « lui donna escorte et adresse pour le faire sortir avec son frère, maître des comptes, et M. de Labarre, son fils, sans être vu de personne. » Lorsque la canaille sut que le prévôt lui avait échappé, quoi qu'on lui eût dit pour l'apaiser qu'il n'était plus prévôt, elle courut sur ses traces, et aurait volontiers fait violence en sa maison, si les voisins ne se

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