‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 30 sur 420 · MISÈRE DE LA LORRAINE · texte numérisé non relu

MISÈRE DE LA LORRAINE

un Forgatsch, un homme dur et intraitable un Lamboy, >' comme nous entendrons en Picardie dire un d'Erlacli. et en Bourbonnais un Polaque.

Nous voudrions pouvoir nous arrêter dans ce triste inventaire des maux de la France; mais il faut continuer, et toujours pour redire les mômes choses, seulement en changeant de lieu.

En Lorraine, où nous conduh'ons le lecteur, d'après le peu que nous avons laissé entrevoir, on doit s'attendre à un spectacle encore plus effrayant. Les relations du temps font frissonner d'horreur K

« Les pauvres gens meurent de faim ; Ton vend la livre de pain plus d'un franc. On les voit manger du chenevé pur tout à fait... Certains villages étaient tellement déserts que les loups faisaient leurs retraites dans les maisons... Bientôt habitués à la nourriture des cadavres, ils pénétraient dans les maisons habitées, où ils ravissaient et dévoraient principalement les femmes et les enfants... 'Les glands et les racines devinrent la nourriture ordinaire... Il y en avait qui allaient à la chasse des hommes comme on va à la chasse aux lièvres... Plusieurs sont morts de malefaini... Les charognes et les botes mortes sont recueillies des pauvres gens comme de bonnes viandes. A la suite de toutes ces misères, la plupart des villages ne comptaient plus que deux à quinze ménages; plus de quatre-vingts étaient abandonnés et ont fini par disparaître...

« Dans plusieurs lieux, les religieuses cloîtrées manquèrent de mourir d'inanition, et la cloche destinée à révéler :ui public le péril de la communauté ne cessa de tinter pendant des mois entiers.

« Les registres des receveurs depuis 1633 sont remplis de mentions desquelles il résulte que la dépopulation allait toujours croissant. Le prix du blé ne diminuait pas à cause de l'impossibilité d'ensemencer les terres ou de rentrer les récoltes, et quoique la peste eût disparu, la mortalité était aussi grande...

« Les usines se ferment l'une après l'autre; des industries autrefois florissantes furent entièrement perdues pour la Lorraine, les verreries

1. Voir le tome V de la savante Histoire de Lorraine, par Aug. Digot, couronnée par l'Académie des inscriptions et belles-lettres; H. Lepage, Dépopulation de la Lorraine au dix-septième siècle d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, t. 11.

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