‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 305 sur 420 · LETTRES DE VINCENT ET D'ANGÉLIQUE ARNAULD · texte numérisé non relu

LETTRES DE VINCENT ET D'ANGÉLIQUE ARNAULD

Tel de nous n'aurait pas la patience de lire ce qu'ont pu supporter nos pères I Certes, ils pouvaient dire avec Tacite : Dediinus profecto magnum patientiœ documentum. N'avoir pas de quoi vivre et avoir à craindre chaque jour d'être tué, en un mot ni sécurité ni pain, telle est la situation des malheureux habitants de Paris et des environs : des lettres conlldentielles de Vincent de Paul à ses missionnaires ou de la mère Angélique à la reine de Pologne vont nous la montrer; nous les prenons presque au hasard, et nous n'en donnerons qu'un petit nombre:

« Notre pauvreté augmente avec les misères publiques; les troubles nous ont ôté tout d'un coup 23,000 livres de rente, car outre la privation des aides (rentes sur les boissons), les coches ne vont plus... Nous sommes maintenant {1" mars IGoS) 35 prêtres, vous pouvez penser quelle est notre peine pour subsisicr '. •

Les lettres de la mère Angélique entrent dans plus de détails :

« 1'' mai. — La barbarie des soldats est telle, que les Turcs ne sauraient faire pis; on accuse surtout les Allemands et les Polonais de ces saciilégcs et de ces cruautés... Leur licence est si liorriole, qu'entre Port-l!oyal des Champs et Poit-lioy;il de Paris, il n'y a pas une âme dans les villages, de sorte que ne trouvant plus de pain, les soldats forcent tous les lieux où ils croient <|u'il y en a... Tout Paris est rempli de religieuses qui ont fui leur asile (à Port- Royal, le 16 mai, il y en avait 160 d'étrangères à la communauté, et 240 le 12 juin), et le nombre augmente chaque jour...— 26 juin. Ou est ici dans la crainte d'un nouveau siège ; la farine vaut déj;\ 56 livres, et on a gr.mde peine à en avoir. Le pain de Gonesse ne vient plus, les mal ndies augmentent, les meurtres se multiplient; enfin, ce n'est que misère 2... »

1. Arch. de la Mission à Paris. Lettres de saint Vincent de Paul. Voir aussi celles du 16 février, du 3 mai, ilu 21 juin^ du 5 juillet, etc.

2. Les Lettres de la mère Aynès Arnau/d, publiées par Pr. Faugèrc (1858, 2 vol.), ne nous apprennent presque rien sur lépoque de la Fronde, cette religieuse s'étaut fait un devoir de conscience « de ue point du tout parier de ce qui se passe, mais de faire mourir tout en soi. »

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