‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 307 sur 420 · SUR LA MISÈRE DE PARIS · texte numérisé non relu

SUR LA MISÈRE DE PARIS

ponnc) a (Hc non-seulement pillée des Lorrains, mais presque di^molie, les arlucs arrachés et tous les pauvres paysans cstropiûs. La mCuie chose est arrivée à un de nos villages (Mondcvillo), et il faut dire partout, carci'ux des prinCfS, maréchaux de France, capitainrs dos gardes n'ont point été considérés, n'y ayant nulle obéissance ni discipline dans pas une armée, et il semble que tous les soldats sont possédés du démon... Jusqu'à présent Dieu a protégé notre maison des Champs par la charité extrême de M. de Luynes, qui ne l'a point voulu abandonner, avec 25 ou 30 solitaii'es, quoique ses amis l'en aient prié. Il a fait faire 8 tours pour la défendre, et a fait avoir quantité d'armes pour tous les ermites. Il y a des gentilshommes du pays qui s'y sont aussi retirés avec quantité de pauvres et les ouvriers, en sorte qu'il y a bien 0,010 personnes qui y vivent par la charité de ce bon seigneur... A Paris on couche partout, jusque dans les parloirs, et nous sommes obligés de refuser des religieuses avec grand regret. On nous menace de la peste, et on dit qu'il y en a déjà en quelques quartiers de la ville... Les malheureux soldats ont tant commis de crimes, que toutes les filles et femmes de la campagne qui l'ont pu se sont sauvées en cette ville, et la rage des démons qui vent toujours multiplier les maux, faisait que de méchantes personnes les attendaient aux portes pour sous do belles promesses, les mener se perdre. Pour y remédier, M. du Hamel, curé de Samt-Merry, a le premier, par Ir- moyeu des dames de sa paroisse, fait louer une grande maison, et les autres curés, à son imitation, pour loger et nourrir ces pauvres créatures 1, eu sorte qu'il y en a plus de 100 à Saint-Merry et aux autres paroisses de même. On leur donne à filer, afin qu'elles ne soient pas oiseuses et qu'elles gagnent quelque chose qu'elles puissent emporter quand elles s'en retourneront... Il se fait encore Ù2 très-grandes aumônes. Tous les corps se sont taxés pour nourrir les pauvres qui y abordent de toutes parts. On eut il y a quel- (|ue5 jours un grand sujet de pitié. Deux bateaux pleins de pauvres blessés arrivèrent au port au Foin, pensant être reçus à l'Hôtel-Dieu; mais cela ne se put, y en ayant déjà un si grand nombre, qu'ils sont sept dans cha(|ue lit, quoiqu'on ait fait deux salles de plus; de sorte que l'on coucha cts pauvres malades sur le foin. Aussitôt que cela fut su, des dames y coururent, et chacune eu prit ce qu'elle put chez soi; de sorte ipie ces pauvre:^ furent beaucoup mieux qu'ils n'eussent été à l'Hôtel-Dieu, où il eu meurt lOU par jour. On a été contraint d'ouvrir l'hôpital Saint-Louis pour mettre les blessés qu'on apporte des armées qui se sont horriblement battues à Etampes, dont tous les en-

1. Encore l'initiative janséniste dans cette charité qui sauve l'honneur des pauvres filles.

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