MARTYRS DE LA CHARITÉ
le Carrefour des Ormes, et qn'on voyait encore il y a quelques années.
En plus ou en moins, ce que nous venons de voir à Élampes se retrouve dans tous les environs de Paris; la lettre de Vincent au frère Bonichon nous a montré l'état non moins déplorable de la Brie ; elle est
« semblable, dit une Relation, aux frontières les plus désolées, les villages sont déserts, et les pauvres mourants n'ont qu'un peu d'eau et do raisin pour toute nourriture et tout remède. Qui peut exprimer l'état do Lagny, Corbeil et environs? La France n'est plus la nourrice de Paris, elle a besoin d'ôtre nourrie en la plupart de ses viilagts, où toute récolte a été moissonnée par de? mains étrangères; les terres restées en friche rappellent la malheureuse Lorraine, et il est à craindre qu'on ne trouve plus de secours; car, comme les revenus ordinaires manquent à tout le monde, les pauvres seront abandonnés si ceux qui ont deux robes, c'est-à-dire qui ont au delà du nécessaire, n'en donnent une à ceux qui n'en ont point; s'ils ne vendent ce (ju'ils possèdent pour donner l'aumône, n
Aux motifs religieux, les Relations ajoutent des considérations purement humaines, des mesures de prudence :
« Le présent besoin que l'on a trouvé dans la visite des paroisses tant à Paris que dans les environs, ne permet aucun discours que pour représenter à tout Paris que c'est un ouvrage public que l'on entreprend, et qu'il est de telle importance d'y trouver un prompt remède, que, cessant môme la loi de l'Evangile qui nous oblige de donner de notre subsista ;ce pour sauver la vie du pauvre, la simule police y doit obliger, pour empêcher le désordre que pourrait exciter le peuple affamé ou les maladies que la corruption d'une mauvaise uouriitui'e lui peut causi r '. »
La plume tombe des mains à copier tant d'horreurs. Quand a-t-on jamais vu une situation plus déplorable? Ne croirait-on pas relire l'histoire des temps de l'invasion
1. Voir au>si les Mémoires de madame de la Guette, obligée de défendre son iloniaine de Sussy (Brie), eiilie lYeire et.la Maine, conlie les maraudeurs des deux armées... Édition de M. Moreau.