‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 318 sur 420 · EN FAVEUR DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE LA ROYAUTÉ

lorsque de Retz semble vouloir s'éloigner de Mazarin, 1 se trouve à son tour impuissant à retenir cette redoutable machine de guerre qu'il a lancée, et par jalousie l'archevêque de Paris, Jean-François de Gondy, reprend, sur les conseils de Mazarin, cette autorité épiscopalc que son indolence abandonnait trop facilement à son neveu, le cardinal de Retz. Les mandements succèdent aux mandements (5 juin, 7 juin, 28 juin) : dans ce dernier surtout, à propos des aumônes et des charités à faire, il semble qu'on entende sonner le tocsin ou plutôt le glas funèbre de l'agonie de Paris, tant le tableau est assombri*. L'indignation causée par la journée de la porte Saint- Antoine, et surtout par les scènes hideuses de Thôtel de ville, encouragea le parti clérical à aller encore plus loin: voici ce qu'on lit dans le jotirnal de Dubuisson, qui est parfaitement an courant de toutes les manifestations de l'opinion publique :

« A la suite du combat du faubourg Saint-Antoine, on amena à THôtel-Dieu de Paris U ou 500 soldats de l'armée des princes blessés plus ou moins gravement; à l'abord on confessa et administra des sacrements ceux qui en avaient le dernier besoin, mais dans la suite des temps aucuns prêtres sages, judicieux et vraiment pieux ayant parlé ensemble, crurent qu'il fallait faire une consultation à laquelle ils appelèrent des plus savants et de la Sorbonne môme, et fut résolu que les confesseurs admonesteraient les blessés pénitents de l'état où étaient leurs âmes et du péril qu'eux et leurs camarades couraient dans le parti des princes contre le roi, et ne leur donneraient plus l'absolution, s'ils ne promettaient sincèrement de quitter ce parti lorsqu'ils seraient guéris^ et de ne porter jamais les armes contre le roi. »

Cette conduite du clergé, hardiment déclaré pour le roi et Mazarin, contraste avec la terreur générale qui régnait dans Paris, et dont la Gazette de Renaudot, par le silence

1. Bibl. de l'Arsenal, t. XV du Jardin de Plaisance, provenant de la bibliothèque de Saint-Martin des Champs.

h-lt INFLUEiNCL DU CLIÏRGÉ SOUS LOUIS XIV.

prudent qu'elle garde sur les événements de l'hôtel de ville, peut donner une idée. Quand on songe à la haine persévérante dont Louis XIV poursuivit tout ce qui avait tenu de prés ou de loin à la Fronde, il semhle, qu'à part l'éducation toute catholique que lui donna sa mère Ann'" d'Autriche S l'influence immense qu'eut le clergé sous L régne de Louis XIV pourrait bien avoir eu pour motif l'appui réel que ce corps avait donné au prince pendant les troubles de sa minorité.

1. On trouve à la bibliothèque impériale (cabinet des estampes) de nombreuses gravures représentant les actes de dévotion du jeune roi avec sa mère, les prières de consécration à la Vierge, le renouvellement de cette consécration à l'époque de la majorité de Louis XIV. Une autre gravure donne une idée de la rancune de Louis XIV contre la Fronde! c'est la représentation de la statue que Louis XIV fit élever dans la cour de l'hôtel de ville, à la date du 4 juillet 1653 pour la fête expiatoire de l'attentat contre la municipalité parisienne. La statue en marbre représentait Louis en demi-dieu, un foudre à la main; un de ses pieds terrasse un esclave qui tient encore le flambeau de la discorde, mais renversé et éteint; la tête est un peu pendante hors du piédestal (c'était la Fronde ou le prince de Condé); l'autre pied marche sur un vaisseau renversé: ce sont les armes de Paris vaincu. Cette statue infamante resta trentequatre ans dans la cour, jusqu'au 30 janvier 1687 : Louis XIV étant venu à Notre-Dame rendre grâce à Dieu du recouvrement de sa santé après une maladie dangereuse, dina à l'hôtel de ville et accorda au prévôt des marchands la permission de transporter cette statue dans sa maison de campagne (à Chessy en Brie); mais comme il fallait à Louis XIV un autre monument de gloire, on remplaça cette statue par une autre en bronze, ouvrage de Coysevoï, oii il était représenté triomphant de 'hérésie par la révocation de l'édit de Nantes.

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