RENTRÉE DU LORRAIN EN FRANCE
faisaient une guerre d'édits et d'arrêts, annulant mutuellement leurs actes, de sorte que, dans ce conflit législatif, les peuples ne savaient de quel côté se trouvaient la justice, l'autorité, l'obéissance légitime; l'anarchie, le désordre étaient plus grands encore dans les esprits que dans le gouvernement. En même temps que cette guerre de papiers, une autre plus terrible se préparait. Au commencement de juillet, l'archiduc Léopold, pressé.par les princes d'accourir à leur secours, avait opéré, à Fismes, sa jonction avec Charles de Lorraine, qui était rentré en France de son côté, après en être sorti pendant une journée pour accomplir sa promesse à Turenne. Avec leurs 20,000 hommes, ils auraient pu se montrer redoutables à Turenne, qui en avait environ 9,000; mais ni l'un ni l'autre ne désiraient sérieusement le triomphe des princes : l'u^spagne ne voulait que perpétuer nos dissensions pour reprendre les provinces qu'elle avait perdues dans la guerre, et le Lorrain s'accommoder avec la cour, ainsi que le prouve la cui'ieuse négociation publiée par M. d'Haussonville. Le bon sens patriotique d'Aune et de ses conseillers Servien et Le Tellier l'empêcha d'aboutir, malgré les vœux intéressés de Mazaiin. Malheureusement, pendant les pourparlers, Charles avait su se glisser à travers les fortes positions de Turenne^ et était apparu le 6 septembre dans la plaine de Charenton ; cette fois, l'accueil des Parisiens fut menaçant : ils gardaient rancune des anciens ravages et de la trahison du duc, et l'obhgèrent même un jour à se réfugier dans une église pour échapper à la foule irritée.
Les signes de la réaction devenaient cliaque jour plus sensibles et plus nombreux : d'abord la division continuait entre les chefs du parti des princes ; Condé,