Louis XIV, lors de la première Fronde
3. Ou M. Maynard a mal lu le texte, ou Viucent de Paul confond les noms et les époques; il faudrait lire Charles V, le Sage; en tous cas, Vincent a fait des erreur^ historiques; il y a probablement eu dans sa mémoire confusion entre Charles le Sage, régent de France, ayant à lutter contre les États-Généraux d'Etienne Marcel et signant le traité de Bretigny avec les Anglais, et Charles le Mauvais, mourant à la même époque si malheureusement. M. Maynard a encore compliqué l'imbroglio en voulant appliquer ces détails à Charles III, les expliquer par les Normands, le traité de Saint-Clair sur Epte, et la mort du roi au château de Péronne. Jamais Charles III n'eut de démêlé avec les Parisiens et encore moins avec les États-Généraux, qui ne furent institués que quatre siècles plus tard, en 1302, par Philippe le Bel.
Quelques-uns pourront dire à V. Em. que ses intérêts particuliers requièrent que le roi ne reçoive pas en grâce ce peuple, et ne revienne pas à Paris sans elle, ains* qu'il faut brouiller les affaires et entretenir la guerre, pour faire voir que ce n'est pas V. Em. qui excite la tempête, ains la malignité des esprits qui ne veulent pas se soumettre à la volonté de leur prince. Je réponds, M^^, qu'il n'importe pas tant que le retour de V. Em. soit avant ou après celui du roi, pourvu qu'il soit; et que le roi rétabli dans Paris, S. M. pourra faire revenir V. Em. quand il lui plaira, et de cela j'en suis assuré. D'ailleurs, si tant est que V. Em., laquelle regarde principalement le bien du roi, de la reine et de l'État, contribue à la réunion de la maison royale et de Paris, et à l'obéissance du roi, assurément, Mgr, elle regagnera les esprits, et dans peu de temps elle sera rappelée, et de la bonne sorte, comme j'ai dit; mais tandis que les esprits seront dans la révolte, il est bien à' craindre que jamais on ne fera la paix à celte condition, pour ce que c'est en cela la folie populaire, et que l'expérience fait voir que ceux qui sont blessés de cette maladie ne guérissent jamais par les mêmes choses par lesquelles les roues de leur esprit ont été faussées. Et s'il est vrai, comme l'on dit, que V. Em. a donné ordre que le roi n'écoute pas MM^" les princes, qu'il ne leur donne point de passe-ports pour se rendre auprès de LL. MM., que l'on n'écoute aucune députation ni représentation, et qu'à cet effet V. Em. a mis auprès du roi et de la reine des étrangers, ses domestiques, qui ferment les avenues de tous côtés pour empêcher qu'on parle à LL. MM., il est fort à craindre, Mgr, si cela continue, que l'occasion se perde, et que la haine des peuples se tourne en rage. Au contraire, si V. Em. conseille le roi de venir recevoir les acclamations de ce peuple, elle gagnera les cœurs de tous ceux du royaume qui savent bien ce qu'elle peut auprès du roi et de la reine, et chacun tiendra cette grâce de V. Em.
Voilà, Mgr, ce que je prends la hardiesse de vous représenter, dans la confiance qu'elle ne le trouvera pas mauvais, surtout quand elle saura que je n'ai dit à personne du monde qu'à un serviteur de V. Em. que je me donne l'honneur de lui écrire, et que je n'ai aucune communication avec mes anciens amis ^ qui sont dans les sentiments contraires à la volonté du roi ; que je n'ai communiqué la présente à qui que ce soit, et que je vivrai et mourrai dans l'obéissance que je dois à V. Em., à laquelle Notre-Seigneur m'a donoé d'une manière particulière. C'est de quoi je l'assure, pour être à jamais, Ms^, son très-humble, très-obéissânt et très-fidèle serviteur.
Vincent de Paol.