CONDÉ DEVENU CONDOTTIERE
dottiere avait été élevé assez haut par divers personnages qui lui avaient dû leur célébrité et leur force : Mansfeld, Bernard de Saxe-Weimar,'Wallstein, Charles de Lorraine. « €ette façon de vivre libre et indépendante, » ce pouvoir souverain sur ses troupes et sur ses officiers, devaient convenir à l'humeur hautaine, absolue du prince, impatiente detoute contrainte ; aussi pensa-t-il qu'avec tous lesavantages qu'il avait sur le duc de Lorraine, il ne pouvait manquer de se faire une condition bien supérieure. Décidé à jouer le rôle de chef d'armée mercenaire, il partit avec son émule Charles (15 octobre) vers la Champagne et la Flandre, qui retombèrent dans leur vie d'alarmes et d'inquiétudes : « le commerce est entièrement interrompu , et rien n'entre plus que par convoi et avec des dépenses excessives *. »
La bonne intelligence ne put subsister longlemps entre « les deux aventuriers » qui se séparèrent bientôt, et, tandis que Charles se dirige vers la Lorraine, Condé fait une vaine tentative contre Reims, niais s'empare de Rethel, de Château-Porcien et assiège Sainle-Menehould. Turenne accourt; de beaucoup inférieur aux forces de Condé et de l'Espagne réunies, il ne peut empocher la prise de la ville. Heureusement Gaston envoya bientôt redemander ses troupes à Condé, qui fut encore affaibli par le départ de Tavannes, et de la plus grande partie des troupes espagnoles, que Fuensaldagne emmena en quartier d'hiver dans le Luxembourg , tout en remeltant à Condé, comme compensation, le titre et les insignes de généralissime des armées d'Espagne; désormais l'écharpe rouge de Castille, qui ceignait le premier prince du sang,
1. Bibl. imp., coll. Champagne, t. XXXIII, fo 132 à 148. Ms. Lacourt.