‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 345 sur 420 · MISÈRE DE LA CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

MISÈRE DE LA CHAMPAGNE

fut, aux yeux de tous, le signe manifeste de sa trahison. 11 semble que pour punir Condé, la fortune l'abandonne dès lors complètement. Turenne, dont l'armée s'était grossie ca même temps que CL'lle de Condé se fondait, reprit l'olîensive, força son rival à passer la frontière du Luxembourg, et, aidé par Mazarin, qui lui amenait de nouveaux soldats levés dans le pays de Liège par les soins de Faberl, auprès duquel il s'était réfugié à Sedan, revint menacer les conquêtes du prince. En deux mois (décembre 1652, janvier 1653), Bar, Ligny, Ghâteau- Porcien et autres petites places, furent reprises; mais la mauvaise saison empêcha de faire le siège de Sainte- Menehould et de Rethel, dans un terrain naturellement fangeux et détrempé par les pluies, au grand préjudice de la Champagne, qui était perpétuellement ruinée par les courses des commandants des deux villes. On n'était pas en sûreté, si on n'avait un passe-port du marquis de Persan (à Rethel), auquel ce trafic rapporta de grandes sommes, puisque le passe-port n'était valable que pour un mois et coûtait 13 livres. La guerre semble, en effet, n'avoir plus d'autre but que la dévastation et le pillage sur toute l'étendue de nos frontières Nord-Est; et quoique pendant les campagnes de 1653, 1654, 1655, nos armées soient conduites par Turenne, les conquêtes n'avancent que lentement, faute d'argent. La correspondance de Mazarin avec Colbert, alors intendant de la maison du ministre, permet d'entrevoir la situation. En janvier 1653, lors de la présentation à la cour de madame de Mercœur, la nièce de Mazârin, celui-ci n'a pas le moyen d'acheter un carrosse neuf, et se sert d'un vieux carrosse en mettant une housse dessus C'est encore pis à l'époque des campagnes, pendant le printemps et l'été.

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